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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 08:26

Un cadavre en cavale, ça fait désordre...

Samuel SUTRA : La mort dans les veines.

Dans son laboratoire de l'Institut Pasteur, le professeur Morel pense enfin avoir combattu, avec succès, les forces du mal qui sont en nous, un virus tueur.

Un homme s'est introduit dans la pièce et injecte le produit dans le cou du professeur qui sombre. Et pour sombrer, il sombre, de nuit, dans le canal Saint-Martin, un lieu très touristique, balancé à la flotte par l'intrus du labo.

Son cadavre est repêché par les secours rapidement arrivés sur place, grâce à la vigilance de témoins opportuns et transporté à l'Institut Médico-légal Mazas dans le douzième arrondissement parisien.

Luc Mandoline, qui flagelle sur ses guitares à cause d'une absorption immodérée de boissons alcoolisées dans lesquelles il noie un chagrin sentimental et une contrariété, est attablé dans son bar préféré, Le Cépage, qui coup de bol est situé juste à côté de chez lui. Il est abordé par une accorte gente dame qui requiert ses services.

Adèle a été contactée par un appel téléphonique anonyme, ce qui est le moyen le plus sûr lorsque l'on ne veut pas dévoiler son identité, et se présente comme la fille du professeur Morel. Elle ne croit pas à son suicide (évidemment seul le lecteur est au courant de ce qu'il s'est réellement déroulé dans le laboratoire) et, conseillée par son correspondant, souhaite que Mandoline effectue sa petite enquête sans véritablement savoir qui est ce Mandoline vers qui on l'a dirigée.

Adèle, permettez-moi de ne pas m'abaisser à écrire un mauvais jeu de mot sur son prénom puisque c'est son père qui est mort et non elle, sait trouver les mots justes pour convaincre Luc Mandoline à prendre cette affaire au sérieux, d'autant qu'elle a raclé les fonds de tiroirs pour le payer en conséquence.

Morel était un professeur réputé pour ses travaux en épidémiologie, travaillait sur des virus émergeants et surtout était l'un des médecins à l'origine des trithérapies devant juguler les symptômes immuno-déficients des malades atteints du SIDA. Mais surtout le professeur Morel, affirme Adèle, a disparu de l'IML. Un cadavre baladeur ce n'est pas nouveau en littérature policière mais dans la vraie vie, c'est plus rare. Pourtant Mandoline en a confirmation auprès d'un de ses amis travaillant dans cet Institut.

Adèle souhaite, veut, exige que Mandoline retrouve son père afin de lui permettre d'être inhumé dignement. Et accessoirement définir si ce décès est dû à une mort naturelle par suicide ou si cela cache autre chose, un meurtre par exemple.

Mandoline commence par le début, c'est à dire enquêter auprès des collègues, devenus des ex, de Morel. Il apprend notamment qu'un jeune chercheur Serbe d'origine aurait quitté l'Institut Pasteur sans avoir terminé ses études. D'ailleurs il n'était pas vraiment à la hauteur et travaillait en dilettante, contrairement à Morel qui passait la plupart de ses nuits dans l'établissement. Coïncidence bizarre, lors du conflit yougoslave, Morel avait pratiqué des missions dans ces pays qui s'entredéchiraient.

 

Commence une quête qui réservera de très nombreuses surprises à Luc Mandoline, les apparences étant souvent trompeuses, et au cours de laquelle il sera amené à retrouver, côtoyer, composer avec d'anciennes connaissances, ce qui ne l'emballe guère. Et les coups bas ne manquent pas de pleuvoir de partout. Heureusement Elisa, sa belle et douce Elisa, dont la jalousie l'avait conduit à sérieusement se pinter (c'est ce qu'on dit quand on absorbe de la bière), sera là au bon moment pour le tirer d'un sale pétrin. Ce qui ne l'empêche pas de se montrer sarcastique dans cette déclaration toute sutraienne (c'est un néologisme) :

Si tu savais tout ce que je te cache, mon grand, tu saurais que tu peux me confier un secret.

Roman policier et noir, La mort dans les veines flirte également avec le roman d'espionnage. On ne peut pas dire qu'il existe une guerre des polices, mais tout au moins certains conflits se font dresser les uns contres les autres des services qui devraient enquêter la main dans la main. Mais ce serait trop demander, heureusement pour les écrivains qui n'attendent que ce genre de bisbilles pour étoffer leurs romans. Ce qui procure parfois l'impression que les tenants et les aboutissants sont plutôt confus. Impression ressentie par l'un des protagoniste, qui déclare :

Costa, conscient soudain qu'il évoquait certains points qui étaient évidents pour lui, mais pas pour son auditoire qui nageait une brasse coulée dans toute cette histoire, décida de tout éclaircir.

Samuel Sutra, qui nous avait habitué à des ouvrages légers et pétillants d'humour, notamment sa série des Tontons, nous offre ici, comme dans Kind of Black un roman plus sombre. Seulement, chassez le naturel il revient au galop, comme disait ma grand-mère qui ne pratiquait pas l'équitation, l'épilogue verse dans la grandiloquence et le visuel cinématographique.

Samuel Sutra souffle le chaud et le froid, le show et l'effroi !

Et pour moi, c'est l'un des meilleurs, pour ne pas dire le meilleur, Embaumeur de la série. Opinion tout à fait personnelle que j'assume.

 

A lire également de Samuel Sutra :

 

Dans la série L'Embaumeur, je vous conseille :

Enfin, si vous désirez faire la connaissance d'un précurseur de l'Embaumeur :

Samuel SUTRA : La mort dans les veines. Préface de Marie Vindy. Collection L'Embaumeur N°10. Editions L'Atelier Mosesu. Parution 20 octobre 2015. 188 pages. 13,00€.

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commentaires

Yv 03/01/2016 17:44

Salut Paul
si c'est le meilleur, sachant que ceux que j'ai lus m'ont plus et qu'en plus aux commandes, c'est Samuel Sutra, alors c'est oui...
Amicalement,

Oncle Paul 03/01/2016 18:27

Bonsoir Yv
Pour moi c'est le meilleur, mais tout un chacun peut partager cette impression.
Alors j'attends ton avis ?
Amicalement

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