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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 15:11

Contrairement à Serge Gainsbourg qui chantait Je suis venu te dire que je m'en vais, Michel Averlant est parti, sans tambour ni trompette, sur la pointe des pieds, rejoindre le Paradis des romanciers et des directeurs littéraires.

Michel Averlant en compagnie de Maurice Bernard Endrèbe et Igor B. Maslowski. Photo de R. Landin

Michel Averlant en compagnie de Maurice Bernard Endrèbe et Igor B. Maslowski. Photo de R. Landin

C'est par un contact Facebook (je n'aime pas le vocable d'ami lié à Facebook, cela me donne l'impression de faire partie d'une secte), que j'ai appris le décès de Michel Averlant le 23 septembre de cette année 2015. Apparemment, à preuve du contraire, les médias et magazines spécialisés n'ont pas évoqués cette disparition, alors un petit hommage se devait de lui être rendu pour bons et loyaux services.

Né le 2 février 1931 à Malo-les-Bains (Nord) et après de multiples petits boulots, Michel Averlant intègre Détective-Club, dirigé par Frédéric Ditis, le 16 août 1953. Officiellement il sera secrétaire, mais ses missions sont diverses : taper le courrier, faire les paquets, établir les factures, corriger les épreuves et séduire... les critiques. Ceci de 1953 à 1955, arrêt de Détective-Club.

Frédéric Ditis crée alors La Chouette en compagnie de Geneviève Manceron, qui avait intégré la petite équipe en 1954, et Michel Averlant. Ditis avait décidé de se passer des auteurs et de se partager le travail à trois. C'est ainsi que les premiers paraissent sous les noms de Michel Averlant, qui pensait prendre un pseudonyme mais y a finalement renoncé, et de Bruno Bax, alias derrière lequel se cachait Geneviève Manceron

Frédéric Ditis trouvait des idées de livres et les confiait à des nègres qui en faisaient des canevas. Puis Geneviève Manceron et moi devions rédiger les bouquins au rythme de six par an.

Des rééditions complétaient cette première livraison, des Anthony Morton, créateur de la série Le Baron, et des rééditions issues du catalogue Détective-Club, dont Ange de William Irish.

Avant d'entrer chez Ditis, je ne lisais guère de romans policiers. Je trouvais cela plutôt rasoir. Les écrire, j'ai trouvé cela encore plus rasoir ! J'avais horreur d'écrire, j'avais horreur de Ludovic Martel, mon "héros". J'avais horreur des canevas que pondait ce nègre. C'était un type très gentil que j'ai rencontré après et qui trouvait que je gâchais ses idées.

Ensuite Michel Averlant part aux Etats-Unis pour étudier l'anglais pour devenir traducteur à temps complet. Il rentre en France à la demande de Ditis en 1966 afin de s'occuper de la collection J'ai Lu Policier. Puis J'ai Lu policier cède le pas également. Il travaille également pour la radio, adaptant notamment La Dame du lac de Chandler, et a travaillé pour quelques épisodes de L'homme à la voiture rouge d'Yves Jamiaque, un feuilleton-radiophonique qui connaissait alors un énorme succès.

La raison de cet abandon ?

Parce qu'on ne vendait plus qu'à 25 000 exemplaires, ce qui, à l'époque, n'était pas suffisant.

Ensuite Michel Averlant devient chef de fabrication lorsque Jacques Sadoul entre chez J'ai Lu en 1968. Il assure les traductions, les corrections, et entre 1978 et 1982 effectue de nombreuses "fugues" pour aller vivre durant trois mois au Brésil, revenant en France trois mois puis repartant. Lattès lui propose alors de travailler chez Hachette puis Le Masque.

J'étais stupéfait ! Je croyais la collection morte et enterrée depuis longtemps. Lattès m'a proposé d'y faire ce que je voulais.

 

Michel Averlant dépoussière la vieille dame et crée deux nouvelles collections internes au Masque : Les Maîtres du Roman Policier puis Les Reines du Crime, rééditant des classiques devenus introuvables publiés à l'origine au Masque ou dans des collections comme L'Empreinte, Détective-Club, La Tour de Londres...

Surtout il fait retraduire les romans d'Agatha Christie, lesquels avaient connus des coupes lors de leurs premières parutions. Il remet au catalogue les romans de John Dickson Carr et propose de très nombreux inédits. Et il ouvre son catalogue à de jeunes auteurs étrangers leur permettant de se faire connaître. Réginald Hill, Peter Lovesey, ou encore Ruth Rendell qui avait déjà publié par ailleurs mais dont le nom brille d'une aura scintillante, ou encore des Français tels que Michel Grisolia, Alexis Lecaye alias Alexandre Terrel, Paul Halter, Andréa H. Japp...

Michel Averlant était un homme très discret et il n'existe guère de photos de lui.

Sources : Les métamorphoses de la Chouette. Ouvrage de Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret. Futuropolis. Octobre 1986. Entretien réalisé par Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret en février 1986.

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commentaires

Granger 31/07/2016 22:41

Rebonjour,

Oui, ce serait intéressant de mettre un nom sur ce "nègre". Un nègre bien particulier en ce sens qu'il écrivait un "canevas" pour quelqu'un d'inconnu et se plaignait qu'on lui "gâchait" ses idées. A noter que l'entretien avec F. Ditis de MM. Baudou et Schleret ne parlait pas de ces "nègres".
J'ai entrepris une relecture (nième avec n entre 3 et 4) de l'oeuvre de M.A. et espère pouvoir un jour en publier une recension positive.
L'an dernier, j'ai relu tous les B. Bax y compris ceux parus aux Presses de la Cité. J'aimais bien H. Hersault mais moins que Ludovic Martel.
Cordiales salutations.

M. Granger

Granger 29/07/2016 22:33

Bonjour,

J'ai recherché et retrouvé l'entretien que M. Averlant avait donné à MM. Baudou et Schleret en 1986.
En effet, vous n'avez rien inventé et je vous en donne acte mais vous avez extrait le passage qui, lu tout seul m'a fait réagir alors que lu avec la suite, il était passé sans problème en son temps.
"Petit à petit, on a lâché les nègres" avait ajouté M.A. laissant entendre qu'il avait dès lors assumé la responsabilité d'auteur, même si les idées venaient encore de F. Ditis.
En vérité, les premiers L. Martel ne furent pas les meilleurs et on peut espérer que cette "horreur" vis-a-vis de son héros s'estompa puisqu'il a continué pendant 6 ans à nous conter avec brio ses tribulations.
Cela dit sans animosité aucune, ce qui pouvait passer dans un entretien quelque peu provocateur en 1986 est beaucoup plus discutable dans un portrait posthume.
Lors de nos échanges épistolaires, je peux témoigner que M.A. n'aborda jamais cette aversion à l'écriture et au personnage qu'il avait créé ni quand j'avais 16 ans et lui demandais des conseils, ni quand à plus de 55 ans je l'interrogeai sur les titres à paraître de lui annoncés par Ditis et qu'il n'avait helas jamais écrits...

Cordialement.

Michel Granger

Oncle Paul 31/07/2016 17:04

Bonjour
Effectivement, j'aurais dû citer le passage en entier, mais il me semblait que cela aurait été trop long pour les (rares) visiteurs qui se sont intéressés à ce portrait. D'autant que je signalais mes sources. Pourtant il existe un petit indice : j'avais horreur des canevas que pondait ce nègre. Qui était-il, cela eut été intéressant de connaître son nom...
Dans le billet que j'avais consacré à Geneviève Manceron, je signale que c'est elle qui a poussé Michel Averlant à écrire (sources mises dans l'article).
Mais il fut de bon goût dans les années 1980 de renier les romans d'espionnage qui étaient en vogue dans les années 50/60. Michel Lebrun lui-même parlait avec dédain de sa propre production. C'était en 1982 ou 1983 lorsque j'ai pu discuter avec lui à Reims, c'était un homme affable, et que je lui ai demandé de me dédicacer Expérience Midway..
Bien à vous
Paul Maugendre

granger 18/07/2016 22:46

Bonjour,

Alors, selon vous, Michel Averlant "avait horreur de son héros Ludovic Martel".

Cela me choque beaucoup moi qui fut un de ses premiers lecteurs et qui ai correspondu avec lui dans les années 1960 et dans les années 2000.

D'où avez-vous tiré cette information que je ne peux croire?

Bien à vous.

Michel GRANGER
Chalon-sur-Saône

Oncle Paul 19/07/2016 09:56

Bonjour
Cette déclaration a été émise par Michel Averlant dans l'entretien qu'il a accordé Jacques Baudou et Jean-Jacques Schleret, entretien paru dans Les métamorphoses de la Chouette chez Futuropolis en 1986, page 163.
Voilà, je n'ai rien inventé...
Bien à vous
Paul Maugendre

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