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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 09:59

Tout dans la tête...

Michel AVERLANT : Rien dans les poches.

En ce dernier dimanche de septembre, la foule afflue dans le bois de Boulogne, en direction de l'hippodrome de Longchamp, afin d'assister, voire parier, à l'une des courses les plus prestigieuses de la saison : le Prix de la Ville de Paris.

Mais ce n'est pas pour placer, la plupart du temps à fond perdu, de l'argent sur un cheval que Marceau Laroche, détective âgé d'à peine trente ans, se rend sur le champ de courses, mais pour rencontrer Henri Maillard, un entraineur côté. Normalement il a rendez-vous le lendemain, chez lui à Maisons-Laffitte, seulement Marceau aime bousculer les conventions, n'agir qu'à sa guise, aussi il devance cet entretien en se rendant sur le lieu du déroulement des courses. Il veut faire la connaissance de son commanditaire afin de se faire une première idée.

Fringale, cheval entraîné par Maillard, est le favori logique et normalement la victoire ne devrait pas lui échapper. Tout le monde l'affirme.

Sa première intention en arrivant sur l'hippodrome est de se renseigner afin de rencontrer Henri Maillard mais c'est sur son fils Didier qu'il tombe. Un jeune homme qui dès le premier abord lui déplait, à cause de sa réaction envers les détectives privés en général, mais lorsque Marceau évoque sa mère, il devient plus aimable et volubile. Didier suit les traces de sa génitrice, Odette, qui fut une artiste, une comédienne incomparable, c'est ce qu'il affirme, avant d'épouser Maillard. C'est un comédien raté, qui monte des pièces de théâtre qui n'obtiennent aucun succès.

Enfin Marceau est en présence de Maillard qui est fort contrarié. Depuis des heures il recherche son premier lad, Ogier, qui a disparu. Mais il doit faire contre mauvaise fortune bon cœur, la course dans laquelle est engagée Fringale va bientôt se dérouler. L'entraîneur a toutefois le temps de confier au détective que sa femme est dépensière, vivant dans un rêve de gloire et d'argent. Surtout il pense qu'elle est victime d'un chantage.

Bender doit monter Fringale, en tout bien tout honneur, mais c'est un jockey porté sur la boisson. Heureusement une fois en selle, c'est comme si l'alcool bu se dissolvait par miracle. Fringale a un handicap de trois kilos supplémentaires, et lorsque la course débute, elle prend de la distance, caracole en tête malgré les consignes de Maillard. Puis elle se fait rejoindre par l'autre favori, Fandango, les deux chevaux se trouvant à égalité, et alors que le poteau d'arrivée n'est pas loin, Fringale retrouve de la vitesse et gagne haut la main.

Tout le monde est content, jusqu'au moment où une réclamation est portée. Le cheval est disqualifié par les commissaires de course. Les trois kilos de plombs qui devaient se trouver dans les poches du tapis de selle n'y sont plus. Un affront que Maillard a du mal à digérer. Un sabotage. Bender, le jockey, Buchy le gâteux qui s'occupe de la sellerie, les principaux intervenants auprès du cheval n'y comprennent rien, et jurent leurs grands dieux n'être pour rien dans la disparition des poids retrouvés plus tard sur la piste. Les sacoches ont été ouvertes d'un coup de rasoir à leur insu.

 

Le lendemain Marceau arrive à Maisons-Laffitte après s'être entretenu avec Agnès, sa fidèle et dévouée secrétaire, et le pataquès débute, ou continue. Ogier est toujours introuvable, Odette fait une tentative de suicide par empoisonnement, à moins que ce soit une tentative de meurtre, et les événements se succèdent, tragiques, dans une ambiance délétère.

Marceau rumine car deux, voire trois, interrogations se pressent dans sa tête. D'abord concernant le suicide ou la tentative d'assassinat d'Odette. Ne serait-ce pas plus simplement une mise en scène élaborée par l'ancienne comédienne ? Ensuite l'histoire des poches éventrées devant contenir les lingots de plomb. Il est évident qu'à l'arrivée, lors du pesage, la manipulation devait être éventée. Donc logiquement Maillard n'a pas procédé à cette éventration, sauf s'il pensait pouvoir remettre subrepticement les barres afin que son cheval gagne, d'autant qu'il est catégoriquement contre les paris, soit de sa part, soit de la part de ses employés. Enfin quel est le rôle de Maria, cette gouvernante austère et grincheuse, au faciès de fouine noire, dont les rapports avec Odette sont pour le moins ambigus ?

 

Roman policier classique, Rien dans les poches entraîne le lecteur dans l'univers des champs de course. Sans emphase, rigoureusement écrit, Rien dans les poches met en scène un détective qui n'a pas encore la trentaine, mais se montre rigoureux, même dans ses relations avec Agnès, sa secrétaire et assistante, même si celle-ci aimerait bien des rapports moins professionnels.

Ce roman permet également de se rendre compte que par des faits, des événements, des réflexions ou observations émises par notre détective, la fin des années 50 et notre début de siècle est similaire.

 

Ainsi cette description de la banlieue à la fin des années 1950 :

Le soleil avait beau briller, il ne parvenait pas à égayer les mornes avenues de cette banlieue nord-ouest, une des plus sinistres qui soient. Boulevard de la République, boulevard de Verdun, Courbevoie, La Garenne-Colombes, Bezons : une longue succession de façades grises et sales, d'immeubles pelés, de cités ouvrières, de maisons anciennes et de pavillons modernes qui paraissaient déjà bons pour la démolition, d'ateliers, de garages, de bistrots tristes avec des clients plus tristes encore.

 

Ou cette déclaration émanant de Maillard mais qui pourrait être proférée par un représentant des Petites et Moyennes Entreprises de nos jours.

 

J'ai quarante-cinq employés aux écuries. C'est une charge très lourde étant la montée actuelle des salaires, l'argent que nous pompe la Sécurité Sociale et la multiplication des taxes qui nous accablent.

Michel AVERLANT : Rien dans les poches. Collection La Chouette N°80. Editions Ditis. Parution avril 1958. 192 pages.

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