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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 16:17

Et n'oubliez pas de vous essuyer les pieds par la même occasion !

Jérôme ZOLMA : En main propre !

Parfois il vaut mieux tourner sa langue sept fois dans sa bouche (ou dans celle de sa copine) avant de prononcer des phrases qui peuvent faire mal, même si l'on n'a pas l'intention de nuire ou de vexer son interlocuteur.

Clerc de notaire chez Maître Bergeaud, à Avignon, Ilyès Janin-Zenati est surpris et agacé lorsque son patron lui dit :

Ilyès ? Vous êtes Algérien, vous, non ?

Le jeune homme lui répond sur le mode poli, mais cinglant, que non, il est Français mais d'origine algérienne par son père. Ce pourrait être un point final, mais le notaire enfonce le clou :

Oui, j'entends bien. Mais vous êtes quand même un petit peu Algérien.

Tout ça pour savoir si un voyage sur la terre de ses ancêtres plairait à Ilyès et s'il parle arabe. Car Maître Bergeaud veut confier une mission à son jeune clerc, une mission dont il n'aura la teneur que le lendemain, lors de l'ouverture du testament Daniel Genovese.

Le défunt ne lègue à ses deux neveux, les seuls héritiers, que des bricoles, le mas qu'il possédait dans les Alpilles devenant la propriété de Noël Ramon dont le dernier domicile connu se situe à Tizi-Ouzou. Et Ilyès est chargé de contacter ce Noël Ramon, sur place, car il ne possède pas le numéro de téléphone et les policiers locaux ne semblent guère intéressés à aider dans ses démarches un notaire Français.

Genovese, soixante-douze ans, se serait tué en tombant d'une échelle. Son héritier est un ancien camarade de régiment, resté sur place après la fin des hostilités en Algérie.

Ilyès est chargé de famille depuis la mort de son père dix ans auparavant. Son jeune frère Nouredine, bientôt quatorze ans, lui cause bien des soucis. Alors qu'il n'avait que onze ans, son instituteur avait découvert du shit dans son cartable, et depuis Nouredine traficote toujours au grand dam de sa mère et d'Ilyès. Pourtant celui-ci aimerait bien que le frérot s'amende, d'autant qu'il fréquente Céline, une jeune fille bien sous tout rapport, sa Gauloise comme disent les jeunes et moins jeunes de la cité. Le père est hypocondriaque, ça se soigne, et surtout il n'aime pas les Arabes tout en affirmant qu'il n'est pas raciste.

 

Il faut remonter quarante trois ans en arrière, en juillet 1962 exactement, alors que Noël Ramon et Daniel Genovese, complices sur le terrain et dans les mauvais coups, avaient spoliés un riche colon, lui barbotant ses lingots d'or, et lui prenant la vie par la même occasion. Daniel Genovese était rentré en France comme un bon petit soldat tandis que Noël Ramon, sur qui les soupçons policiers s'étaient focalisés, a préféré rester sur place, en changeant son nom.

Depuis, ils correspondaient épisodiquement, Daniel Genovese étant le dépositaire de la part de lingots de son copain.

Mais tout ceci, Ilyès ne le sait pas encore, seulement la mort prématurée de Daniel Genovese le tracasse. Il se rend donc en Algérie sur la terre de ses ancêtres, comme lui a dit son patron de notaire. Ses recherches se révèlent ardues, d'autant que peu après il se trouve flanqué du père de Céline, lequel est trop souvent dans ses jambes et le gêne plus qu'autre chose.

 

La guerre d'Algérie, les événements d'Algérie comme il était de bon ton d'appeler cela à l'époque, a provoqué des plaies qui se cicatrisent difficilement, et de temps en temps, cinquante ans plus tard, elles se réveillent provoquant quelques purulences.

Zolma nous décrit avec pudeur et sans parti pris cette histoire, qui oscille entre 1962 et 2005, sans forcer le trait d'un côté comme de l'autre.

Les événements décrits ne sont guère en faveur ni des uns ni des autres. Les Algériens étaient traités de terroristes alors qu'ils souhaitaient tout simplement recouvrer leur liberté, leur autonomie, parfois dans des circonstances extrêmes et avec des moyens belliqueux, tout comme les Résistants français affrontaient les hordes nazies durant la Seconde Guerre Mondiale, employant des méthodes de tortures ne faisant pas partie de l'arsenal guerrier. Mais certains militaires Français, et surtout leurs chefs ne s'embarrassaient guère de scrupules non plus, usant de méthodes similaires proscrites par la déontologie martiale.

Quant aux colons, implantés en Algérie depuis plusieurs générations, si certains essayaient de vivre en bonne intelligence avec les autochtones, d'autres se conduisaient en véritables esclavagistes ne se rendant pas compte qu'ils étaient à l'origine de ce conflit meurtrier.

Mais le parcours d'Ilyès prend également une grande part dans ce récit, plongé dans une enquête riche en péripéties, colportant avec lui ses propres soucis familiaux et se trouvant en butte aux idées préconçues et aux déductions hâtives, comme le décrit si bien le premier chapitre.

Un Zolma grand cru !

 

Voir également l'avis éclairé de Claude Le Nocher sur Action-Suspense :

Jérôme ZOLMA : En main propre ! Editions Lajouanie. Parution 7 mai 2015. 234 pages. 18,00€.

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