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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 16:39

Comme disait le boxeur à son soigneur :

Et vlan, passe-moi l'éponge...

Jean-Marie PALACH : Le théorème de l'uppercut.

Désireux de changer d'air, Gislain Chalap, professeur de mathématiques, a demandé sa mutation.

A cinquante ans et après près de trente ans à végéter dans un lycée tranquille de Bourges, il se retrouve dans une usine de l'éducation nationale à Champigny, dans le Val de Marne. Mais en ce début des vacances de la Toussaint, il ressent comme un vague à l'âme.

Il lui faudra rendre visite à ses vieux parents, qui demeurent à Savigny-sur-Orge, se remettre au sport et s'adonner à l'écriture, un vieux rêve qu'il n'a jamais accompli.

Pour l'heure, il vagabonde sous la pluie, non loin de la gare Saint-Lazare, et décide de se prendre une bière, la septième peut-être, dans un établissement au nom exotique. Le Malibu. Il faut avouer que depuis la rentrée, un changement auquel il n'était guère préparé, il déprime un peu. Il est nouveau dans l'établissement, et les étudiants le jaugent. Et il lui faut s'habituer aux têtes pensantes, et surtout aux caïds qui sévissent dans les deux quartiers qui s'affrontent pour obtenir le monopole de la drogue et autres trafics. Les jeunes des cités des Poulbots et de la Terre aux curés. Plus les ennuis de santé de son père, plus son idée de nouvelle, dont le thème est Une amitié extraordinaire, plus quelques autres contrariétés.

Tout un ensemble de désagréments qui l'ont amené à ingurgiter moult verres. Il se fait aborder par une hôtesse qui se prénomme Vanessa. Elle lui raconte ses petits malheurs tout en consommant, sur son compte, et au milieu de la nuit, il est complètement chamboulé du cerveau. A ce moment entre une jeune fille, une de ses lycéennes, qui le prend en charge et le met dans un taxi. Arrivé près de chez lui, sur le pont qui relie Champigny à Saint-Maur, il aperçoit deux hommes qui en balance un troisième par dessus la rambarde. Tout comme le chauffeur de taxi, il ne fait guère cas de cet incident.

Le lendemain après-midi, il se réveille vaseux et sa logeuse, une charmante mamie d'origine réunionnaise, lui narre le drame qui s'est déroulé dans la nuit. C'était un de ses élèves. Ce n'est pas le premier à décéder ainsi tragiquement. Peu de temps auparavant un autre avait été retrouvé mort d'overdose. L'ambiance à Marcelin Michel est vraiment délétère car une enseignante avait tenter de se suicider. Son mari, professeur d'éducation physique la soigne en hospitalisation à domicile. Il a du courage, c'est ce qu'affirment les collègue de Gislain qui en convient volontiers.

 

Gislain décide de se rendre à pied sur les lieux du drame et s'est ainsi qu'il se fait doubler par une joggeuse à l'entraînement. Il s'agit d'Emmanuelle, une enseignante comme lui, prof de philo, qui s'adonne à la course à pieds afin de perdre quelques kilos qu'elle juge superflus. Ce qui n'est pas superflu, c'est qu'elle l'embrasse au lieu de lui serrer la main, comme l'exigent les convenances, et Gislain accepte de l'accompagner le lendemain dans ses ébats sportifs. Ebats sportifs qui bientôt auront lieu dans un autre endroit et sous d'autres formes, avec une pointe de philosophie dans le boudoir mais ceci ne nous regarde pas.

Cependant l'attitude de Marie Kourilsky, son ange gardien nocturne, l'amène à se poser de nombreuses questions, dont celle primordiale : va-t-elle en informer les autres élèves du lycée, et par là-même décrédibiliser son rôle de prof ? Alors il se promet de s'immiscer dans GISELE, un programme informatique créé par le proviseur et qui permet de recenser toutes les données sur les enseignants et les lycéens. Programme auquel tout un chacun dans l'établissement peut avoir accès. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que Detourme, le proviseur, possède ses propres données confidentielles qu'il met à jour régulièrement et compulse pour son plus grand profit.

 

Lors de la rentrée, des incidents vont opposer, au sein de l'établissement, les responsables des deux bandes rivales des Poulbots et de Terre-aux-curés, ce qui va permettre à Gislain de démontrer qu'à cinquante ans il possède encore de beaux restes. Cet ancien champion international de Kick-Boxing, et autres sports de combats, même s'il a raccroché par la faute d'un Mexicain qui a eut la mauvaise idée de décéder sur le ring, n'a pas perdu ma main.

 

Au 36 Quai des Orfèvres, malgré l'affairement qui précède les grands déménagements, le commissaire Baudon et son adjoint, le commandant Franquet, gardent un œil, voire les deux, sur les activités des petites frappes des deux cités de Champigny. Ils sont dissemblables mais leur duo va se montrer efficace. Baudon possède une prostate qui n'en fait qu'à sa tête et il est obligé de recourir trop souvent à son goût, et à celui de son entourage, aux endroits adéquats pour soulager sa vessie. Le seul problème, peut-être dû à l'âge ou à un manque de réflexe dans les mouvements, il oublie de refermer sa braguette, ce qui lui occasionne des coups de froid et des simagrées de la part de ses interlocuteurs qui ne savent comment l'avertir de ce manque de retenue. Franquet, est un homme élégant, qui traîne avec lui un début de réputation de chat noir, préjudiciable pour ses coéquipiers dans les enquêtes qui leurs sont confiées.

 

Gislain Chalap va s'investir de plus en plus dans une enquête qui le dépasse : Marie ne reparait pas au lycée et sa tante tout comme ses ami(e)s n'ont aucune nouvelle d'elle depuis plusieurs jours. Et il va trouver du soutien, moral et physique, en la personne d'Emmanuelle, et de Liu Wong, un Chinois qui tient un bar et connait ses antécédents pugilistiques. Car bien des soucis le tourmentent. Ne serait-ce que l'attitude du prof d'éducation physique qui l'incite à venir l'aider dans ses projets sportifs avec les gamins de Champigny. Or Gislain n'est pas tout à fait persuadé que sa femme soit un légume, il l'a aperçue sur son lit de malade agonisante écoutant en boucle In the Navy des Village People, ce qui va un certain moment mais donne le mal de mer à la longue.

 

Tout cela donne un roman foisonnant, dans lequel plusieurs intrigues se mêlent, de même que les personnages, et qui décrit une petite ville de la banlieue proche de la capitale, surtout connue pour avoir abrité l'un des hommes politiques les plus virulents et écorchant avec délectation la langue française, Georges Marchais.

Les personnages qui gravitent dans Le théorème de l'uppercut semblent parfois caricaturaux, c'est ce qui fait la force de l'histoire, mais ils sont aussi émouvants. Les gamins, qui tous, voyous déclarés ou non, jouent dans ce roman un rôle important et violent, souvent malsain, se montrent plus matures que leur âge ne pourrait le laisser supposer. Quant aux adultes, ce sont des hommes et des femmes comme on peut en rencontrer tous les jours, mais dont on n'est pas sûr de vouloir de leur ressembler, moralement, physiquement ou professionnellement. Quoi qu'on aimerait posséder leur force de caractère dans des situations difficiles.

Un roman, imprégné d'un humour subtil et sous-jacent, qui se transforme en zoom balayant les activités occultes, ou non, de cités transformées en ghetto la plupart du temps par la volonté de certains de ceux qui y résident, à Champigny-sur Marne et Saint-Maur.

Un nouveau très bon roman de Jean-Marie Palach (vous avez remarqué la distanciation avec le patronyme de son héros ?) qui explore une nouvelle facette sociétale.

 

Jean-Marie PALACH : Le théorème de l'uppercut. Editions Daphnis et Chloé. Parution 3 décembre 2015. 310 pages. 18,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 23/12/2015 11:32

Quand les maths envahissent la littérature.....

Oncle Paul 23/12/2015 11:40

Les chiffres et les lettres...

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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