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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 10:44
Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot

Plus une petite louche pour la route ?

Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot

Situées à une cinquantaine de kilomètres l'une de l'autre, Fairview et Bentonville sont aussi dissemblables que le jour et la nuit peuvent l'être.

Fairview se meurt. La prospérité due à l'implantation de petites fabriques n'est plus qu'un souvenir et la jeunesse s'est enfuie à Bentonville, la ville nouvelle dont la richesse réside en un centre industriel en pleine évolution et des usines modernes.

Seuls sont restés à Fairview que les vieux, quelques nostalgiques de la cité, et ceux qui ne sont pas attirés par les lumières factices. Fairview est triste et décrépite. Bentonville connait le revers de la médaille avec la présence de centaines de tripots, de cercles de jeux, et l'implantation dans chaque boutique, ou presque, d'appareils à sous généralement truqués.

L'organisation du jeu de Bentonville est dirigée par un nommé Korris qui a la main mise ou presque sur toutes les affaires lucratives et illégales de la cité. Mais ce n'est qu'un homme de paille, le véritable maître étant Vardis Spade, dont tout le monde connait le nom mais pas le visage.

 

Dans ce contexte de rivalité, seul Sam Trench, le gérant et directeur du Clairon, le journal local de Fairview, a essayé de dénoncer les pratiques existantes à Bentonville. Seulement, alors qu'il avait tenté de dénoncer l'organisation dans un article, les hommes de Korris avaient saisi et détruits tous les exemplaires du canard. Et comme la police et l'administration sont soudoyés par Spade et ses hommes de main, il a dû se plier à leurs exigences.

Clare Russel est devenue la cheville ouvrière du Clairon, après un passage dans des quotidiens ou hebdomadaires plus huppés. Trop travailleuse, elle avait été obligée de réduire son temps de travail, victime d'épuisement professionnel (à l'époque on ne disait pas encore burn out) et était entrée au Clairon avec des émoluments moindres mais la sympathie affichée de tout le personnel, qui à son contact, avait retrouvé de l'allant. Clare aurait aimé pouvoir écrire une série d'articles sur ce qu'il se passait réellement à Bentonville, mais Sam Trench le lui avait formellement interdit, se souvenant de la mauvaise expérience passée.

Clare fréquente Peter Cullen, propriétaire de stations-services, et elle le retrouve parfois le soir à Bentonville. Ils sont plus ou moins fiancés, mais Clare refuse pour le moment entendre parler épousailles. Elle n'est pas prête.

Ce jour là, elle rencontre dans le bureau d'Al Barnes, son collègue, un dénommé Timson qui désire acquérir des terrains à Fairview, et plus particulièrement Pinder's End, le quartier le plus déshérité de la ville. Une initiative pour le moins incongrue mais l'homme est persuadé que cela pourrait devenir un bon placement, les terrains étant très bon marché.

Harry Duke est fort prisé à Bentonville. C'est un joueur au passé trouble de tueur et bon nombre de personnes requièrent des tuyaux sur les courses de chevaux. Et en général, ces tuyaux sont de bon rapport. Kells, homme de main de Bellman, lui signifie que celui-ci aimerait l'engager pour faire acte de présence à la roulette dans ses salles, ce qui inciterait d'autres joueurs à parier. Bellman n'est dans la cité que depuis un an, son affaire commence à être florissante, mais pas assez à son gré. Et selon toutes vraisemblances Bellman aurait peur. Duke est appelé par une jeune femme qui le met en garde contre Bellman. Ce qui titille l'intérêt d'Harry Duke.

Peter Cullen et Harry Duke sont amis de longue date et Cullen l'invite à manger afin de lui présenter sa fiancée. Mais auparavant Duke doit rencontrer Schultz pour mettre cette histoire de Bellmann au clair. Lorsqu'enfin il est présenté à Clare, il y a comme un échange d'atomes crochus. Mais Clare ne veut pas le reconnaître, elle est trop loyale.

 

C'est ainsi que commence une histoire qui durera trois jours et qui verra d'abord la mort de Timson, puis les tensions qui existent entre les différents clans s'exaspérer pour finir par une guérilla en règle.

En trois jours, Duke fera le ménage dans cet imbroglio, aidé par Clare qui s'investit complètement dans cette grande lessive, parfois à son corps défendant. Duke se montre flegmatique, sachant toujours s'énerver et se mettre en colère lorsque la situation l'exige, se montrant excellent et rapide tireur. Il possède toutefois un côté fleur bleue. Parmi les autres personnages qui évoluent dans cette histoire, signalons ce couple de jeunes, préfiguration de Sailor et Lula.

Une histoire qui dure trois jours et trois nuits, avec beaucoup d'alcool fort à la clé pour se tenir éveillé ou pour digérer les événements qui se précipitent. Un peu une ambiance à la Peter Cheney, l'autre romancier britannique des débuts de la Série Noire. Un roman signé Raymond Marshall qui signait également James Hadley Chase et jouait à son propre concurrent.

Un roman à l'intrigue carrée, assez emberlificotée pour tenter de ne pas dévoiler l'identité de Vardis Spade, même si le lecteur s'en doute peu à peu, sans véritable temps mort, avec un final très flingueur, et quelques traces d'humour. Bref, un roman authentiquement américain signé par un Britannique.

 

Curiosité :

Dans le premier chapitre, Raymond Marshall décrit les deux villes, Fairview et Bentonville, et leurs différences, présente quelques personnages, Sam Trench et surtout Clare, puis relate brièvement les événements qui forment le cœur de l'intrigue. Il conclut en signalant que tout sera réglé en trois jours, et que l'organisation qui existait depuis six ans sera démantelée. Fort disert par moment, il se montre toutefois mutique sur l'épilogue, appâtant le lecteur et l'invitant à suivre les péripéties de l'intrigue.

Le plus surprenant, c'est qu'il avait suffit de trois jours pour venir à bout d'une organisation qui existait depuis six ans. Voici comment débuta la première journée, telles sont les dernières phrases du premier chapitre.

Réédition Carré Noir N°107. Parution février 1973. 256 pages.

Réédition Carré Noir N°107. Parution février 1973. 256 pages.

Raymond MARSHALL : En trois coups de cuiller à pot (Just the way it is - 1944. Traduction de R. Vidal). Série Noire N°20. Parution décembre 1948. 254 pages.

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Published by Oncle Paul - dans Spécial Série Noire
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commentaires

Boris 03/11/2015 18:17

Celui-là, c'est un pseudo de James Hadley Chase !

Oncle Paul 04/11/2015 10:04

Tout à fait Boris
D'ailleurs je l'indique dans le corps de l'article et la couverture de la réédition le prouve.

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