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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 16:02

Dernier désir n'est pas forcément Noir désir...

Quant à ce que j'en dis...

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir.

Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin, affirme un dicton populaire. Ce n'est pas pour autant que tout ceux qui se nomment Martin sont des ânes.

Jonathan Martin et sa femme Mina se sont installés dix ans auparavant dans une vieille maison d'écluse près de Neuilly en Dun, sur les bords du canal du Berry. Jonathan s'occupe par-ci par-là, élevant ses abeilles, récoltant son miel, bricolant, surveillant leur fils Romain, à peine dix ans, tandis que Mina assure le rôle de guide-conférencière au château de Lienesse, situé non loin, et s'occupe des conserves pour l'hiver. Une vie reposante après des années de consumérisme francilien effréné.

 

Une jour un visiteur tape à l'huis et se présente : Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, je viens juste me présenter. Je suis votre nouveau voisin. J'ai emménager dans la maison, là-bas, au bout du chemin. Je m'appelle Martin. Vladimir Martin.

Et c'est ainsi que commence l'histoire. Vladimir Martin s'est installé dans la maison d'éclusier proche de la leur, et leur voisinage débute sous d'heureux auspices. Seulement Vladimir, un homme charmant au demeurant, riche, sympathique, élégant, spirituel, affable, se met à copier insensiblement Jonathan. D'abord il revend sa somptueuse voiture pour posséder la même que Jonathan, même couleur évidemment, mais neuve. C'est une entame dans la similitude, qui se prolonge par une analogie physique. Lui qui portait des cheveux longs, attachés par un catogan, se les fait tailler, une coupe à la Jonathan, et se laisse pousser sous la lèvre inférieure ce petit bout de barbe appelée mouche. Il se passionne soudainement pour le blues, s'enthousiasmant devant la discothèque de Jonathan qui possède une collection incroyable de disques, achetant une chaîne de luxe et plus de cinq cents CD afin de partager la passion de son voisin.

Il rend visite à ses nouveaux amis, ou les invite, offre à Jonathan du whisky de luxe hors d'âge ou amène des bouteilles millésimées, mais lui même ne touche jamais à son verre. Il s'extasie devant la table de ferme que Jonathan a fabriquée et veut la même, offrant une somme rondelette pour sa confection. Il devient de plus en plus intrusif, mais cela ne gêne pas Mina, qui n'y voit rien de suspect. Cependant il offre à Romain des jouets dispendieux, que Jonathan n'a pas les moyens d'offrir à son fils. Il fait rénover sa maison, à grands frais, installant une cuisine identique à celle de Jonathan.

Les semaines passent et Jonathan est de plus en plus intrigué et monte progressivement en lui une pointe d'exaspération. L'ambiance amicale du début se transforme peu à peu en ambiance délétère, du moins c'est ce que ressent Jonathan, qui est bien obligé de faire bonne figure devant Mina et Romain.

 

Le très (trop ?) médiatique libraire-chroniqueur Gérard Collard a déclaré lors de la parution de ce roman : Une histoire extraordinaire entre Poe, Simenon et King. Une merveille !

Une merveille, d'accord, mais pour le reste je suis plus réservé. Effet médiatique, mais que viennent faire Poe et King ? Pour Simenon, je suis assez d'accord, à cause des personnages et de l'atmosphère, mais je serais plus enclin à chercher des rapprochements, des cousinages littéraires avec Max Genève, Franz Bartelt et surtout Pascal Garnier. Peut-être Gérard Collard n'a-t-il jamais lu un de leurs livres, sinon le lien lui serait venu immédiatement à l'esprit. Ou alors il a jugé qu'ils n'étaient pas assez connus du grand public, trop Français, pour établir un parallèle. Il ne s'agit pas d'énoncer des jugements à l'emporte-pièce, mais de coller au plus près de la réalité.

Ambiance et atmosphère bon enfant au départ, Vladimir sachant se montrer sous des dehors abordables, aimables, empathiques avec ses voisins qui s'imprègnent de la douceur de vivre de coin berrichon. Mais peu à peu ce voisinage devient pesant et le suspense est entretenu par une ellipse de l'origine de Vladimir. D'où vient-il, pourquoi s'est-il installé non loin de chez Jonathan et sa petite famille. Sa richesse, il la doit à un héritage, du moins c'est ce qu'il affirme. Mais il étale trop ostensiblement son argent. Et pourquoi vouloir calquer son environnement sur celui de ses voisins. Et bien évidemment, si Mina n'est pas dérangée par cette attitude, Jonathan souffre et cela influe sur son caractère.

Des scènes incluses dans ce roman, qui semblent n'être là que comme des diversions dans l'intrigue, telle cette séance au cours de laquelle Vladimir se rend chez la coiffeuse, montrent combien cet homme possède un ascendant sur les autres. Des épisodes humoristiques, comme celui au cours de laquelle Mina dérape lors d'une prestation conférencière sur les aménagements du château de Lienesse et plus particulièrement sur une toile de Lucien d'Abancourt.

Ou encore cette conversation amenée par Léonard, le frère de Mina, qui passe quelques jours chez eux, et est un écologiste convaincu, installé dans la Drôme et parfois se mélangeant les pédales dans ses convictions.

 

Dernier désir est un roman intimiste, se focalisant sur quelques personnages dont plus particulièrement Jonathan, Mina, Romain et Vladimir, les autres n'étant là que pour accentuer le trouble puis la faille et enfin le gouffre qui va s'opérer entre les divers protagonistes. Catalogué Thriller, ce livre est un suspense qui grandit, enfle insidieusement, et offre un épilogue que n'aurait pas renié Fredric Brown.

Il est précisé en fin de volume, que ce roman est le fruit d'une étroite collaboration entre Véronique et Olivier Bordaçarre. Espérons que certaines scènes ne relèvent que de l'imagination.

 

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Première édition : éditions Fayard. parution 3 janvier 2014. 288 pages. 18,00€.

Olivier BORDAÇARRE : Dernier désir. Réédition Le Livre de Poche Thriller N°33938. Parution 7 octobre 2015. 240 pages. 6,90€.

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commentaires

Boris 07/11/2015 22:24

C'est un roman qui m'a plu, de plus j'avais rencontré Bordaçare à Polar'encontre et c'est un garçon charmant.
Intimiste, d'accord, plutôt axé sur le dérèglement, un personnage amical mais très ambivalent, un suspense qui grandit au fur et à mesure. Je ferai le rapprochement avec Tartuffe vu l'aveuglement de Jonathan devant leur nouveau voisin. C'est une ambiance que je retrouve dans le grand succès du moment (La fille du train) que je suis en train de lire. rien n'est dit, tout se dévoile petit à petit. Un beau roman, mais Olivier a d'autres cordes à son arc, la poésie, le théâtre qu'il joue ; il en écrit même...

Oncle Paul 08/11/2015 16:49

C'est le premier roman d'Olivier Bordaçarre que je lis et j'ai été conquis. Ne possédant pas ta science concernant le théâtre, même si Tartuffe ne m'est pas inconnu mais est resté dans mes bagages scolaires, je ne saurais trop quoi en dire. Aveuglement de Jonathan d'accord, mais surtout celui de Mina aussi. Et les lecteur en sait un peu plus que ces deux protagonistes car il est un privilégié, entrant dans l'intimité de Vladimir.
Mais Bordaçarre entre dans la lignée des grands auteurs qui manient le suspense psychologique quotidien avec bonheur.

Pierre FAVEROLLE 06/11/2015 21:47

Salut Paul, j'ai adoré ce roman (chouchou du mois si je me souviens bien). Ce n'est que justice de le retrouver en format poche. Lisez le sans hésiter ! Et je suis d'accord avec toi sur Simenon avec un mystère supplémentaire. Pascal Garnier ... oui pour cette histoire implantée dans le quotidien de gens normaux. Tiens, en voilà un qu'il va falloir que je relise ! Amitiés

Oncle Paul 07/11/2015 16:18

Bonjour Pierre
Je suis rarement d'accord avec les déclarations à l'emporte-pièce de Gérard Collard, qui avance des noms, connus du grand public, pour étayer ses billets. Forcément, son bagout, ses grandes envolées, plaisent, mais ce n'est que du vent. Pour moi il est le BHL de la chronique littéraire. Et je suis content que toi aussi tu sois d'accord avec le rapprochement avec Simenon et Pascal Garnier. Max Genève est peut-être plus confidentiel, mais il possède un univers proche, traitant souvent par la dérision le quotidien.
Amitiés

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