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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 14:54

En piste pour le quadrille...

Michel QUINT : Fox-trot.

La foule est en effervescence, des hommes principalement arrachent des bancs, brandissent à bout de bras des grilles d'arbre, dressent des barricades. Des camions de troupes sont stationnés au bout du Pont de la Concorde qui justement ne règne pas, devant l'Assemblée Nationale, et des silhouettes casquées prêtes à charger.

Nous ne sommes pas en mai 1968 mais le 6 février 1934. L'affaire Stavisky vient d'éclater, éclaboussant les hommes politiques. La droite, l'extrême-droite, des associations d'anciens combattants, les Croix de feu, les Ligueurs prônant le retour de la monarchie et du Duc de Guise, manifestent violemment contre le limogeage du Préfet de Police Chiappe qui entretient des amitiés avec les factieux. Le gouvernement Daladier est sur la sellette.

Dans ce brouhaha, à la sortie de l'hôtel Crillon, Lisa Kaiser, danseuse et trapéziste dans la troupe de Max Rivers, aborde Rita Georg, la grande vedette des cabarets du moment. Elle aimerait que celle-ci l'aide à trouver une place dans une revue. Rita attend un homme qui doit lui remettre quelque chose, mais au moment où celui-ci, qui débouche de la sortie de métro la reconnait et lui fait un signe, il tombe à terre. Dans la bousculade, nombreux sont ceux qui entourent le blessé par balles. Lisa s'empare d'une enveloppe épaisse, et au revoir la compagnie, elle prend le train pour Lille, un retour au pays qu'elle a quitté alors qu'elle n'avait que dix-sept ans. Dans la grosse enveloppe sont glissées deux pochettes plus petites, une contenant des papiers d'immatriculation de véhicules, l'autre une importante somme d'argent.

 

Au même moment, à Lille, la même fièvre que celle qui agite Paris règne et Nelly, modiste et trentenaire florissante se trouve bousculée, un homme lui tient la poitrine, c'est pour la retenir, l'empêcher de tomber à terre, peut-être se faire écraser. Il existe d'autres façons, plus subtiles de faire connaissance, mais Charles Bertin, instituteur, à la petite moustache d'acteur de cinéma, est tout de suite pardonné. Elle en tombe même sous le charme et la modeste modiste se montre amoureuse experte.

Lisa arrive en gare de Lille et elle se fait indiquer l'adresse d'un hôtel grâce au kiosquier qui approvisionne Charles Bertin en journaux. Elle s'installe à l'hôtel de Lyon, sis juste en face de la gare, hôtel qui vient de connaître un drame. Une ressortissante belge s'est fait trucider et ses bijoux se sont évaporés dans la nature. Ceci ne concerne pas Lisa qui a en tête autre chose.

Le lendemain alors qu'elle sort de la gare après avoir acheté au kiosquier un journal, elle manque dégringoler et Charles Bertin qui passait par là la retient de justesse en lui plaquant une main sur la poitrine. Décidément, cela devient une habitude surtout pour Charles qui devient pataud devant les femmes. Puis elle remet à Gustave Noblet l'enveloppe contenant les papiers mais garde devers elle l'argent. Elle obtient un engagement au Sphinx, un cabaret, et se produit dans un numéro particulier de trapéziste.

Charles et son amie Nelly assistent au spectacle que reluque une nombreuse assistance médusée. Lisa pratique ses jeux de barres entièrement nue ! Malheureusement elle est découverte peu après, assassinée, le bas-ventre lacéré comme si on avait voulu la dépiauter, et le piano est éventré.

Tout comme à Paris, la rue est en effervescence. Les différentes associations et partis politiques de droite et extrême-droite manifestent violemment. Le suicide de Stavisky, et le scandale qui continue à alimenter les journaux et les embarras de la classe politique, est à l'origine de ces émeutes. Et rien pour éteindre le feu de l'antisémitisme et du racisme.

C'est dans ce contexte que le commissaire Demeyer demande à son neveu Charles Bertin de se fourvoyer dans ces groupuscules, Croix-de-Feu, Alliance française et autres, et de se comporter en taupe de Roger Salengro, le maire socialiste de la cité nordiste. Un véritable cas de conscience pour ce jeune instituteur qui s'est bagarré avec un de ses collègues justement parce que celui-ci se montrait arrogant en déclarant sa flamme aux idées d'extrême-droite. Un conflit qui vaut à Charles Bertin de se retrouver éloigné de l'Education Nationale pour quelques semaines, étant l'agresseur et malgré son bon droit.

 

La montée de l'extrême-droite, l'antisémitisme et le racisme, dont le liant est la précarité de l'emploi, cela nous ramène à une époque actuelle. Pourtant tout ceci se déroule en 1934, alors que venant d'Outre-Rhin et en Italie les noms de Hitler et Mussolini dépassent les frontières.

Dans ce contexte historique nauséeux, qui prend son origine dans des magouilles financières, l'histoire se répète, se greffe une intrigue policière fort habilement menée. Les personnages secondaires prennent autant de place que les rôles principaux car Michel Quint sait mettre en valeur ces représentants du peuple, dont les idées de gauche sont humanistes, les truands qui traficotent, mais également ceux qui profitent des situations, des opportunistes, sans oublier ce couple de médecins légistes qui officient sur les cadavres sans pour autant négliger la chair fraîche.

Et dans ce petit monde qui gravite, signalons cet brave homme qui a gagné le gros lot à la loterie et vient avec une brouette chercher son gain, le couple de bistrotiers qui ont vendu le billet gagnant ou encore Jojo, le kiosquier qui ne comprend pas le retournement de veste de son ami Charles Bertin.

 

Michel Quint fut professeur de propédeutique théâtrale. Et comme dans pratiquement tous ses romans, le spectacle sous toutes ses formes prend une place importante dans l'intrigue. Dans Fox-trot, le théâtre est représenté avec Charles Bertin l'instituteur qui monte des pièces de théâtre avec ses élèves, mettant en scène un épisode de la Révolution Française. Mais le spectacle produit par Lisa est très visuel, réservé aux adultes naturellement. Et bientôt c'est Carnaval qui va investir les rues de Lille tandis qu'au théâtre est jouée l'opérette l'Auberge du Cheval blanc.

Une nouvelle réussite à mettre à l'actif de Michel Quint qui retrouve la verve des Grands Ducs ou des Joyeuses, dans un contexte historique proche de Veuve Noire.

 

Michel QUINT : Fox-trot. Editions Héloïse d'Ormesson. Parution 8 octobre 2015. 336 pages. 20,00€.

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commentaires

Isabelle 29/10/2015 11:24

Je l'ai lu également : agréable lecture ! :)
A bientôt !

Oncle Paul 30/10/2015 14:38

Depuis que j'ai découvert Michel Quint avec ses premiers romans dans la collection Spécial Police du Fleuve Noir, je ne suis jamais déçu par sa production
Bien à vous

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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