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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 17:03

Ah chat ira, chat ira, chat ira....

André FORTIN : Le chat Ponsard.

Même si l'appellation a changé en directeur financier, le travail de chef-comptable est de vérifier les factures qui sont adressées à l'entreprise où il est employé.

C'est ainsi que Lucien Ponsart relève des erreurs manifestes dans le calcul de la TVA de trois factures transmises par les établissements Floricole, une société de pépiniéristes basée à Nantes. Il veut leur téléphoner mais aucun numéro ni adresse ne sont indiqués. Il laisse le soin à sa secrétaire, Louise, d'effectuer quelques recherches. Celles-ci s'avèrent vaines, la société n'apparaît nulle part sauf sur le registre du commerce. En outre les vingt-trois arbres adultes prévus ne sont que des buissons. Immédiatement il en réfère à son patron, Bernon, le directeur de l'entreprise du même nom, qui travaille notamment dans l'immobilier et dont la plupart des marchés proviennent de la mairie de Tracy, dirigée par le sénateur-maire Rupert.

Bernon, qui fait l'ignorant devant Ponsard, alerte immédiatement son ami Rupert lequel fait appel à Cano, président-directeur général d'une société de conseil en recrutement, une couverture respectable pour des activités qui le sont moins. Rupert et Cano se sont connus durant la guerre d'Algérie, ils se sont liés d'amitiés et depuis l'un a souvent recours à l'autre pour divers petits boulots. Rupert demande à Cano de faire éliminer Ponsard qui vient de mettre des bâtons dans la roue de la fortune. Car bien évidemment les fausses factures, car il s'agit de fausses factures, permet à Rupert et consorts d'engranger des sommes rondelettes, et plus particulièrement à Rupert qui brigue un maroquin.

Ali et Léonard sont chargés de l'élimination. Les deux hommes se sont connus lorsqu'ils étaient dans un centre pour enfants, abandonnés ou ayant des problèmes avec la justice, ou encore parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever. Un épisode vécu lors leur long passage au Mas Saint-Paul les a rapproché et depuis ils effectuent ensemble des coups de mains. Léonard est un homme renfermé, ne laissant à personne la possibilité de lire ce qu'il ressent. Ali est plus expansif, sans pour autant parler à tort et à travers. Ali conduit la moto tandis que Léonard abat tranquillement Ponsard rentrant chez lui après sa journée contrastée. Il avait remis sa démission puis après avoir réfléchi avait voulu revenir sur sa décision, mais il n'avait pu communiquer à Bernon son retour en arrière.

La mort de Ponsard affecte profondément Louise, qui aimait en secret le directeur financier. Louise travaille depuis plusieurs décennies chez Bernon, malgré un léger handicap. Elle est extravertie, s'agite beaucoup, surtout en dehors de son travail. Elle parle à la petite voix qui habite son corps et son esprit, gesticule et ne passe pas inaperçue dans la rue et pas forcément à cause de ses cheveux qui tirent sur le rose. Alors elle décide de s'introduire dans le bureau de Ponsard, qui depuis son décès est fermé à clé et photocopie le dossier gênant. Mais sa conduite n'est pas passée inaperçue de Bernon.

Ali n'est pas à l'aise car s'il est habitué des coups de main c'est la première fois qu'il participe à un meurtre envers un individu qui n'est pas un malfrat et n'a pas d'antécédents. Un meurtre inutile à son avis. Il se rend cher Ponsard et recueille le petit chat que celui-ci possédait depuis quelques temps.

La rencontre entre Louise et Ali va décider en premier lieu du sort d'Ali mais aussi de tous ces protagonistes qui pensaient avoir éradiqué l'épine que Ponsard leur avait enfoncé dans le pied. Mais aussi le sens du devoir, la conscience professionnelle de l'inspecteur Borgoni, qui contrairement au commissaire Ravier, un incapable talonné par le procureur, n'est pas inféodé aux édiles. Sans oublier l'apport précieux de Georges, obèse mais efficace, ancien condisciple d'Ali et Léonard au Mas Saint-Paul et avec qui Ali a gardé des relations.

 

Une fausse facture, un employé consciencieux, une secrétaire amoureuse et un peu fofolle, un tueur qui regrette son acte, il n'en faut pas plus à André Fortin pour écrire un roman sobre, rigoureux, et au combien d'actualité. Car le système des fausses factures et des édiles se servant au passage a de tout temps été une pratique illégale mais difficile à éradiquer. Tant de personnes gravitant dans des milieux politiques sont impliquées que la justice préfère fermer parfois les yeux, même si depuis quelque temps les affaires de concussion, délits d'initiés, de malversations sont plus traquées qu'auparavant. Mais André Fortin, qui connait bien son sujet, il fut lui-même juge, ne nous embarque pas dans un roman délire mais au contraire dans une intrigue solide et crédible même si cela ne parait pas évident. Revenez un peu en arrière et penchez-vous sur le cas d'un maire de père en fils de la région PACA.

 

André Fortin ne joue pas avec les effets de manche, pas de grandes envolées, tout est en nuance même si certains personnages peuvent sembler dérisoires. C'est ce qui leur donne ce côté attachant et André Fortin se démarque de ses confrères romanciers en livrant un récit qui ressemble presque à une biographie, tout au moins à une enquête implacable vue des deux côtés de la barrière.

 

Et le chat Ponsard là dedans me demanderez-vous ? Il est l'élément de la parabole de cette histoire. Recueilli par Ponsard, puis orphelin, à nouveau recueilli par Ali et délaissé pour des circonstances indépendantes de sa bonne volonté, il va se montrer faible, décharné, un SDF félin cherchant sa pitance dans des poubelles jalousement gardées par un congénère et par la suite se montrera plus associable et vindicatif que ceux auxquels il se frottait avant de devenir un nanti. Et la morale s'appliquera aussi bien à lui qu'aux être humains.

André FORTIN : Le chat Ponsard. Editions Jigal, collection Jigal Poche. Réimpression. Parution septembre 2015. 296 pages. 9,50€.

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commentaires

Boris Lamot 25/09/2015 00:49

J'ai déjà fait une note sur ce livre dans la revue :
« Prenons une ville dans un coin de banlieue que nous placerons « dans le delta, entre le fleuve et son principal affluent ». Nous l’appellerons Tarcy.
Plaçons-y toute une galerie de personnages.
D’abord Ali et Léonard, compagnons d’infortune à l’orphelinat du Mas Saint-Paul. Ali, le souffre-douleur et Léonard, le taciturne, capable de régler les problèmes au couteau. Ils ont grandi et sont devenus hommes de main pour Cano, un roi du milieu local. Ali repère les cibles avec sa moto d’où Léonard, à l’arrière opère rapidement : un coup de feu dans le dos et un deuxième à terre, sans aucun état d’âme.
Ensuite, côté fric, Bernon, grand patron, très ami avec Rupert, le sénateur maire, pour qui il promeut des aménagements urbains. Juliette, fille d’un avocat au conseil a épousé Bernon parce qu’il fallait bien avoir un mari, un enfant, mais voue une adoration -toute platonique- à son géniteur qui lui a fait partager tant d’émotions artistiques. Rupert et Cano sont de vieilles connaissances : ils ont été compagnons de baroud avant que l’ambition pousse l’un vers les électeurs et l’autre vers le banditisme.
Chez Bernon, Lucien Ponsard est comptable, vieux garçon, homme de rigueur et d’ordre ; Louise Larcher, une secrétaire très efficace mais « originale », capable de monter un escalier une marche et demie par deux marches, pieds joints. Ils s’aiment bien, ces deux-là.
Côté flics, le commissaire Davier, totalement incompétent, qui vient de se faire rappeler à l’ordre par le procureur. Sous ses ordres, l’inspecteur Bergoni « un drôle de type, mais on devait faire avec », un besogneux, un méticuleux.
L’histoire, c’est celle du grain de sable Lucien Ponsard. Un funeste 3 novembre, en travaillant le dossier du jardin public Alexandre 1er, marché fourni par la mairie, son attention est éveillée : une somme importante, sous forme de trois factures, a été versée à Floricole, une société nantaise. « Pourquoi si loin ? » Il enquête : c’est une société fantôme ! Et ça ne s’arrête pas là : 10 millions d’euros ! Il demande des comptes à Bernon qui le renvoie sèchement à sa tâche et puis « de nos jours toutes les entreprises qui travaillent avec l’État et les collectivités locales, procèdent comme ça. » Ponsard refuse d’en démordre et le problème sera donc traité par Ali et Léonard. Le deuxième grain de sable sera le chat de Ponsard qu’Ali va recueillir, et les grains de sable ne cesseront de s’accumuler au point de gripper tous les rouages dans un inexorable crescendo.
On trouve ici tous les ingrédients du roman noir : corruption, vénalité, soif de pouvoir jusqu’à déraisonner. L’histoire n’est pas neuve mais le traitement qu’André Fortin lui fait subir, l’attachement qu’il porte à ses personnages en font tout l’intérêt. Ce sont les circonstances, la découverte du comptable, l’amitié qui lie Ali au chaton Ponsard, qui vont enrayer un système qui fonctionne sans heurt : l’argent revenant à l’argent. Plutôt ce sont les nantis, les bandits, les assassins eux-mêmes qui vont s’autodétruire par autosuffisance ; et les sans grades, les Ali, les Louise et les Bergoni unir leurs forces. «Et l’histoire s’écrit, … et les personnages se mettent à vivre, les uns avec les autres, les uns contre les autres. [La] plume [de l’auteur] tend à un autre monde où pourront se réfugier ses personnages préférés, tout au moins ceux à qui il accorde, magnanime, un avenir, ceux qu’il épargne. Ils vont, comme accueillis par une aube rosée et transparente, vers le paradis des âmes simples, loin de la fureur de ce monde-ci.» écrit André Ponsard .
Un roman noir contemporain, oui, mais plein d’une belle humanité.

Le Chat Ponsard, André Fortin, Jigal polar, octobre 2013 »

Oncle Paul 25/09/2015 14:48

Bonjour Boris
Très belle et juste chronique. Une petite erreur dans l'avant-dernière ligne : il s'agit d'André Fortin et non André Ponsard. Je me demande pourquoi tu ne crées pas ton blog ! Je sais tu as par ailleurs pas mal d'occupations, mais quand même...
Amitiés

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