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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 13:37

Bob Morane contre tout chacal

L'aventurier contre tout guerrier...

Henri VERNES : Mémoires.

Dans sa préface, le fin lettré qu'est Jean-Baptiste Baronian se réfère à la troisième des vingt-et une-dictées de Simenon, parue en 1976, et cite plus particulièrement cette phrase :

Au fond, les mémoires sont de faux portraits de soi tels qu'on veut les laisser à la postérité.

Et ces mémoires, écrites par Charles-Henri Dewisme, plus connu sous l'alias d'Henri Vernes, procurent à la fois un vif plaisir à découvrir la vie mouvementée du créateur de Bob Morane mais en même temps un sentiment de frustration, car il y manque la denrée essentielle : comment est né ce personnage qui défie le temps.

 

En effet une grande partie de l'ouvrage est consacrée à la jeunesse chaotique du jeune Charles-Henri. Il est élevé par ses grands-parents, sa mère ne pouvant s'occuper de lui, obligée de travailler. Ses parents ont divorcé très tôt et le jeune Henri (appelons-le ainsi car c'est sous ce prénom qu'il est le plus connu) se souvient surtout de ses grands-parents, de son oncle Nestor et sa tante Léontine, et de la petite chienne Dinah. Il nait à Ath, surnommée la Cité des Géants à cause de la Ducasse, sa mère s'étant réfugiée pour accoucher chez sa sœur Léontine, guerre oblige. Puis ils regagneront Tournai. De sa prime enfance, comme pour tout un chacun, le jeune Henri ne garde que quelques images, souvent renforcées par ce que sa famille lui a raconté. Toutefois un de ses souvenirs marquants est relatif à la réflexion du docteur de la famille.

Cela fait deux fois que je vois cet enfant boire en mangeant. Cela l'empêchera de digérer !

Né le 16 octobre 1918, Charles-Henri Dewisme aura bientôt cent ans. Et il se porte bien. Encore un préjugé de la médecine rétrograde...

 

Ce dont il se souvient le plus, c'est de son premier amour. Yvonne. Cinq ans comme lui. Et des femmes Henri en connaitra beaucoup. Celle qui le déniaisera, alors qu'il n'a que treize ans, ce sera Adèle, une amie de sa mère, âgée de trente trois ans et veuve très tôt. Et tout en fréquentant Adèle, il va au collège, chez les Jésuites, lui qui ne pratique pas la religion. Et bien entendu entre les pères et lui, ce n'est pas toujours l'entente cordiale. Il s'initie à la boxe, sa carrure imposante le prédestinant à un art martial, pensez donc, à quinze ans il mesure 1,80m pour 70 kilos ! Tout ceci ne l'empêche pas de lire. Dès son plus jeune âge, il engloutit les œuvres des auteurs de romans populaires, avec voracité (voir citation en bas d'article).

Après Adèle il y a eu d'autres, mais madame Lou comptera beaucoup dans sa vie. Nous sommes en 1937, il a dix-neuf ans et il n'hésite pas à tout quitter pour la rejoindre à Shanghai. Il embarque à Marseille à bord du Rousselle, muni de faux papiers, effectuant un long péripleShangaï, Canton, Hong-Kong, et au bout de trois mois il rentre au bercail. Madame Lou donnera peut-être naissance au personnage de Miss Ylang-Ylang.

Puis c'est la guerre. Il se marie en 1938 avec Gilberte, la fille d'un diamantaire anversois chez qui il travaille, mais divorce en 1941. Et entre dans un service de renseignements de la Résistance, recueillant et transmettant des informations à l'attention et l'intention des résistants basés à Londres. Et en 1943, alors qu'il fréquente les milieux littéraires, il fait la connaissance de Jean Ray, qu'il a lu tout jeune. Plus tard il le retrouvera, l'imposera chez Marabout et fréquentera également Michel de Ghelderode.

Il commence à écrire, son premier roman, La porte ouverte, parait en février 1944. D'autres suivront, et après un séjour de trois ans à Paris où il est correspondant pour une agence américaine et des journaux lillois, il revient en Belgique en 1949. Il collabore à des magazines jeunesse, dont Tintin, Mickey Magazine, Héroïc Jeunesse, et en juin 1953 il rencontre Jean-Jacques Schellens, le directeur des éditions Gérard et C° qui désire créer une collection de romans d'aventures pour la jeunesse. C'est le début de Marabout Junior et Les conquérants de l'Everest, numéro 10 de la collection signé Henri Vernes, sera le premier d'une longue série, plébiscité par les jeunes lecteurs.

Henri VERNES : Mémoires.

Henri Vernes voyage beaucoup, notamment dans les années 50 en Amérique Latine, ce qui lui permet d'engranger de la documentation géographique. Et il écrit, publiant sous divers pseudonymes, variant les genres tout en restant fidèle à Bob Morane.

Henri Vernes n'est guère tendre dans ses Mémoires envers ses confrères de Marabout Junior, et pourtant cette collection publia les premiers romans signés Pierre Pelot avec sa série des Dylan Stark. Il affirme avoir porté cette collection à bout de bras, ses romans s'arrachant comme des petits pains. Mais connaît également la désillusion lorsqu'il s'aperçoit que son éditeur, André Gérard, le fondateur de la maison d'édition et imprimeur à Verviers, ne déclare pas la totalité des ouvrages imprimés. Une arnaque et il n'est pas vain de penser que le chiffre annoncé des ventes des aventures de Bob Morane est en dessous de la réalité.

 

Autre auteur qu'il démolit avec verve : Hergé.

Un autre élément caractéristique de l'atmosphère régnant à ce tournant de l'histoire, est celui d'Hergé, l'auteur de Tintin. Reconnu collaborateur, inspiré par l'abbé Wallez, fasciste notoire, ami de Degrelle et de Jamin, complices actifs du nazisme, antisémite avéré, Hergé fut blanchi, en dépit de plusieurs arrestations motivées, grâce à l'intervention de résistants qui avaient besoin de lui pour des raisons commerciales. On fit de lui un génie, alors qu'il n'était qu'un dessinateur moyen dont l'humour, souvent, ne dépassait pas, en s'en inspirant, le Brigadier vous avez raison.

 

Intéressant mais frustrant, cet ouvrage n'aborde pas par exemple comment est né Bob Morane. A la demande de Jean-Jacques Schellens, on l'a vu, mais quel fut le déclencheur, comment et quand écrivait-il, prenait-il des notes, c'est tout un pan de sa biographie qui est occultée. D'ailleurs il est fort peu disert sur tout ce qui touche à la rédaction de ses romans, que ce soit pour les Bob Morane, que sous les pseudos de Jacques Colombo pour la série DON au Fleuve Noir, Jacques Seyr pour Marabout Junior, et quelques autres. Il s'étend plus largement sur ses conquêtes féminines et sur son activité durant la guerre, sur ses prises de position politiques dénonçant particulièrement les antisémites et les collaborateurs du régime nazi.

Henri VERNES : Mémoires.

Et moi je lisais... Je lisais encore... Je lisais toujours... J'en étais encore à Louis Boussenard, à Alexandre Dumas, à Paul d'Ivoi, à Arnould Galopin... J'aurais dû y rester. Quoiqu'on en pense la littérature dite populaire est plus près de la réalité que l'autre littérature, baptisée pompeusement grande littérature et qui n'est qu'une sophistication de la vie, la mise en boite des sentiments.

Pour en savoir plus sur son œuvre, il vaut mieux se pencher sur quelques ouvrages dont :

 

Stéphane Caulwaerts et Yann : Henri Vernes : à propos de 50 ans d'aventures. Les Éditions À Propos. 2003.

Jacques Dieu : Bob Morane et Henri Vernes. Glénat, 1990.

Daniel Fano : Henri Vernes & Bob Morane, une double vie d'aventures. éditions Le Castor Astral. coll. Escale des lettres. 2007.

Bernard Marle : Bob Morane et Henri Vernes : un double phénomène. IDE. 1995.

Francis Valéry : Bob Morane. Éditions... Car rien n'a d'importance, 1994.

Rémy Gallart & Francis Saint-Martin : Bob Morane, profession aventurier. Editions Encrage. 2007

 

Henri VERNES : Mémoires.

Henri VERNES : Mémoires. Editions Jourdan. Parution 14 janvier 2012. 496 pages. 22,90€.

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Published by Oncle Paul - dans Documents
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commentaires

Yves Roch Mallette 18/01/2017 19:04

Mon enfance, ma jeunesse et mon adolescence furent remplies de lectures extraordinaires: Dumas, Jules Vernes, les aventures de Biggles, Victor Hugo mais aussi la plupart des publications de Marabout: les romans et documentaires de Marabout Junior tout autant que les doubles et triples volumes de Marabout Géant qui m'a fait découvrir les Jean Ray, Seignolle, De Ghelderolle et autres Béalu qui m'accompagnent encore dans ce long périple littéraire. Mais le grand maître de la littérature d'aventures reste Henri Vernes dont presque la totalité des Bob Morane trônent sur les tablettes de ma bibliothèque. J'ai tellement lu et aimé son style, que je suis devenu reporter. J'ai voyagé, couvert des conflits et écrit pendant 45 ans. Aujourd'hui, à l'aube de mes 70 ans, j'ai créé mon propre héros baptisé BLAZE, LE CHIEN DE GUERRE QUÉBÉCOIS, dont 15 romans ont jusqu'ici été publiés, fortement inspirés de toutes ces expériences vécues sur le globe mais avec un fond intarissable de souvenirs moranesques (un mot qui ressemble magnifiquement au mot: romanesque!) - MERCI mille fois à Monsieur Vernes pour avoir permis au jeune homme que j'étais de rester jeune toute sa vie!

Oncle Paul 19/01/2017 15:10

Bonjour
Nous avons sensiblement le même âge et avons eu les mêmes lectures... Beau témoignage !

ocelot152 28/06/2016 12:53

Thanks

Jean-Pierre Toubeau 08/09/2015 19:52

Bob Morane : toute ma jeunesse quand le monde était soit tout blanc soit tout noir . Actuellement , l'on estime qu'il est gris alors que les franches crapules existent bien et bien , et je parle par expérience !

Oncle Paul 08/09/2015 20:38

Bonsoir
Bob Morane, c'est la jeunesse à beaucoup de monde, et ceux qui ont les romans d'Henri Vernes sont restés des lecteurs. Et je crois qu'on vibrait plus en lisant les aventures imaginaires de ce héros qu'en jouant aux jeux videos. Mais ce n'est que mon avis. Quant à dire que tout était noir ou blanc, je ne sais pas. On n'a pas le même recul arrivé à un âge avancé que lorsqu'on est adolescent.
Bien à vous

Pierre FAVEROLLE 16/08/2015 15:36

Salut Paul, Bob Morane fut une de mes lectures de prédilection et j'ai du en lire un certain nombre. Par malheur, je les ai revendus ! Cela fait un petit moment que je me demande si je ne vais pas en relire un ou deux ... voire acheter un tome des intégrales. Amitiés

Oncle Paul 16/08/2015 16:03

Bonjour Pierre
En général ceux qui lisaient jeunes lisent toujours, et les Bob Morane entretiennent toujours le goût de l'aventure. Ah si les jeunes pouvaient en lire, ils abandonneraient leurs jeux vidéos... Un vœu pieux ? Pourquoi pas...
Amitiés

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