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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 13:04

Un p'tit train s'en va dans la montagne...

François DARNAUDET : Le dernier Talgo à Port-Bou.

Le choix par les parents du prénom de leur enfant peut-il influer sur le destin de celui qui le porte ?

Gabriel, comme l'archange de l'Annonciation, exerce un métier particulier. Il est flic, d'accord, mais son statut n'est pas celui d'un policier normal. Légèrement handicapé, il lui manque un orteil, il a été nommé Ange de la mort, dénomination non officielle de l'officier de police chargé des cadavres en partance, soit vers d'autres villes françaises, soit vers l'étranger. Il est chargé de vérifier si le cadavre est bien décédé, de l'inspecter, d'apposer les scellés sur le cercueil et tamponner quelques formulaires, d'annoncer que son client est prêt à partir ailleurs.

Seulement ce cadavre auquel il doit donner les derniers sacrements liés à sa charge, un Italien nommé Paolo Bartaldi, un quinquagénaire décédé d'une crise cardiaque dans le train qui l'emmenai à Port-Bou, il ne le sent pas. Une impression. Alors avant que ceux qui doivent le prendre en charge arrive, il fouille dans ses affaires et relève ses empreintes. Il récupère un bouquin en italien signé d'un certain Walter Benjamin. Les deux personnages qui doivent accompagner à sa dernière demeure le macchabée ne l'inspirent pas non plus. Peut-être des policiers ou plutôt des agents secrets italiens. Mais pas des membres de la famille, Gabriel en est persuadé. Puis il demande à l'un de ses collègues, sous le sceau de la confidentialité, d'effectuer des recherches concernant son client dans les fichiers adéquats, empreintes à l'appui.

Mais un autre cadavre l'attend. Gabriel travaille une semaine sur deux, en alternance avec un autre collègue, et ses journées ainsi que ses nuits sont bien chargées. Enfin, cela dépend des circonstances. Et lors de sa semaine de liberté, il peint et s'occupe de son fils Michel, quinze ans, qui aime les études et principalement les maths et les sciences. Quand il n'est pas là son fils a droit à des surgelés, aussi lors de ses moments libres il essaie de s'en occuper en père maternel (si, ça existe des pères qui élèvent seuls leur gamin), même s'ils ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde.

Il se renseigne d'abord sur Walter Benjamin, un écrivain philosophe dont il n'a jamais entendu parler. Un ami libraire lui conseille même l'un des livres, Sens unique. L'introduction lui permet d'apprendre que l'Allemand s'est suicidé en septembre 1940, à Port-Bou.

Revenons à notre second cadavre, qui n'a pas bougé et pour cause, et interpelle lui aussi Gabriel. Le père est là mais ne montre apparemment pas de chagrin. Une attitude peu commune. Christophe, décédé soi-disant d'une malformation du cœur, serveur dans un établissement de restauration rapide ce qui n'a aucune relation de cause à effet avec sa mort, avait été naturalisé français à sa majorité, et ne souhaitait pas revenir en Espagne. Pourtant le père veut l'inhumer dans le cimetière de Port-Bou. C'est une jeune fille en larme qui le déclare. Alors, Gabriel décide d'enfreindre les consignes.

Trop de coïncidences pense Gabriel. Le centre du monde n'est plus la gare de Perpignan, malgré ce qu'affirmait Salvador Dali, mais bien Port-Bou. L'Italien, sur lequel Gabriel a obtenu des informations surprenantes, devait se rendre dans ce premier village espagnol, le jeune Christophe doit y être enterré, Walter Benjamin y est décédé, et de plus son fils Michel doit s'y rendre en voyage scolaire, car dans deux jours, le 26 septembre exactement, une cérémonie doit y avoir lieu afin de commémorer la mort du philosophe Allemand.

 

François DARNAUDET : Le dernier Talgo à Port-Bou.

En incrustation, le lecteur peut suivre le parcours et les derniers jours de Walter Benjamin au destin tragique. Mais il reste une inconnue : qu'est devenu son carnet noir sur lequel il venait d'écrire son dernier ouvrage. Un carnet qui ne sera jamais retrouvé.

 

A partir d'un fait-divers tragique, un épisode parmi tant d'autres de la Seconde Guerre, François Darnaudet a construit une intrigue forte, qui ressemble presque à une histoire vraie. Et qui donne les clés d'une disparition, clés vraisemblables jusqu'à preuve du contraire. C'eut été trop simple si l'auteur s'était arrêté à une simple enquête, non autorisée, de la part d'un Ange de la mort.

Une course poursuite s'engage, avec effets visuels garantis, entre Perpignan et Port-Bou, en passant par Collioure, Banyuls, plus quelques chemins détournés et des tunnels en voie de garage. Avec un final quelque peu apocalyptique que François Darnaudet a dû remanier entre la fin de l'écriture et la parution du roman à cause d'un événement tragique, réel celui-ci, qui s'est déroulé entre temps.

 

Un court roman qui démontre que point n'est besoin de noircir des pavés de cinq cents pages et plus pour que le lecteur en ait pour son argent.

François DARNAUDET : Le dernier Talgo à Port-Bou. Collection Les Polars Catalans. Editions Mare Nostrum. Parution le 5 septembre 2005. 130 pages. 10,00€.

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Published by Oncle Paul
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