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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 12:32

Sombres, les héros sombrent...

Gilles VIDAL : Sombres héros.

Né en 1955 à Carcanpoix, village placé nulle part mais ailleurs et loin de tout, orphelin à six ans ses parents s'étant bêtement tués dans leur bagnole toute neuve, élevé par son grand-père qui n'a jamais quitté le village sauf en 1936, Antoine Fouget vivote comme détective.

Après avoir vécu une enfance un peu comme tous les gamins puis adolescents de son âge, le refus de son grand-père de le voir fréquenter l'église puis sa petite amie qu'il accompagnait au bal, lui ne dansant pas alors qu'elle virevoltait sur la piste, après les réglementaires quatre vodkas à l'orange leurs ébats dans un coin tranquille, il part à vingt et un ans pour Paris. Il passe le concours d'inspecteur de police, concours auquel il échoue lamentablement, il se fait embaucher après des mois de galère dans une agence de détectives privés. Puis il s'installe à son propre compte. Il se marie, divorce, hérite de son grand-père la vieille demeure de Carcanpoix habitée son ex afin de garder l'endroit en vie, et un message : Creuse au pied de la pyramide.

L'agence tenue par Fouget n'est guère fréquentée, et cela fait trois semaines qu'un client n'a pas franchi l'huis. Suzie, sa secrétaire s'ennuie, ce qui la met de mauvaise humeur, on la comprend, et elle ne s'en cache pas auprès de son patron, quadragénaire, qui n'en peut mais. Enfin le client providentiel se pointe : Raymond Waringue, assureur, recommandé précise-t-il par le commissaire Ferrer. Au grand étonnement de Fouget, mais après tout client, c'est un client.

Aurique Summer, jeune comédienne très en vue, qui vivait avec Aldin, footballeur talentueux sympa sur le terrain mais une vraie peste dans la vie, est dans la tourmente. Aldin est décédé au domicile d'Aurique et de Mike son frère qui lui sert également d'imprésario, à moitié calciné, ou consumé. Les journaux se sont emparés avec avidité de cette affaire accusant Mike d'être à l'origine de la mort du footballeur, qui était annoncé en partance pour un club italien. Un déchaînement médiatique qui alimente l'appétence des lecteurs pour ce genre de fait-divers.

 

Un décès pour le moins bizarre car les scientifiques qui se sont penchés sur le cas d'Aldin parlent d'auto-combustion. Un phénomène qui tend à se généraliser, se produisant en vase clos, sans flammes, le feu ne se propageant pas. Un non-lieu a été prononcé, donc théoriquement il n'y aurait pas d'affaire, sauf que depuis Summer frère et sœur reçoivent des menaces de mort. Or si le ou les expéditeurs anonymes passent à l'acte, le courtier en assurances, l'un des rares indépendants qui subsistent dans sa profession, en sera de cinq millions de francs de sa poche. Un joli pactole qu'il peut se permettre de perdre. Et comme la somme que lui propose son client est assez conséquente, Fouget ne peut refuser surtout qu'une transaction à l'américaine, sur laquelle je ne m'étendrai pas mais est assez significative des accroches envers la clientèle, lui est offerte. Bref, il doit enquêter et protéger Aurique Summer.

Seulement, le client une fois parti, Fouget ne peut s'empêcher de se poser moult questions et la première chose à faire est de se renseigner sur le footballeur défunt. Et ce qu'il apprend auprès d'un copain journaliste qui connaissait le talentueux Aldin, n'est joli, joli. Mais la famille Summer non plus n'est pas en odeur de sainteté. Sans compter son agent, qui comme tous les agents de joueurs, ou presque, n'est pas net et le transfert programmé sujet à controverse financière.

Fouget est contacté par Summer sœur qui lui apprend qu'elle a reçu des menaces, quant à la porte de son appartement, elle a été fracturée, un petit mot étant scotché le sommant de s'occuper de ses affaires et pas de celles des autres. Je synthétise. Et comme plus on est de footballeurs, plus on s'amuse, un des coéquipiers d'Aldin lui aussi est menacé. Or l'équipe doit jouer un match de la plus haute importance.

 

Un préliminaire onirique, une ambiance très polar des années 50 pour une histoire ancrée résolument dans notre siècle. L'écriture est rythmée tout en gardant une part de poésie, l'humour y est présent, et les métaphores abondent apportant une touche de légèreté dans une atmosphère parfois tragique. Et le lecteur ne sera pas déboussolé d'apprendre qu'il s'agit d'un jeu de manipulation, le détective servant un peu de pion dans une partie d'échec, ou de remplaçant dans un match de foot dont le résultat pourrait être connu à l'avance. Un petit clin d'œil est adressé à Léo Malet au passage, mais surtout à son personnage de détective Nestor Burma, dont peut s'inspirer Antoine Fouget.

Gilles Vidal ancre son intrigue dans les milieux du foot, ce qui n'est pas anodin car ce sport est l'une de ses passions, et les histoires de transfert et de matchs truqués. Et il nous gratifie d'un article journalistique sur le déroulement d'un match de foot, tel qu'aurait pu en écrire, mieux même peut-être, un journaliste de l'Equipe. Il n'oublie pas également sa passion pour les romans noirs et le cinéma de même couleur, en plaçant ici et là quelques références. Seulement une seconde histoire se greffe sur l'enquête de la mort du footballeur, celle de l'énigme que le grand-père d'Antoine Fouget laisse à sa mort.

Je ne les ai pas tous recensés, mais certains noms de protagonistes m'ont fait tilt, comme un hommage rendu à des copains. Par exemple un policier se nomme Merle, comme Jean-François, qui est romancier, traducteur et éditeur, notamment aux Presses de la Cité.

 

Gilles VIDAL : Sombres héros. (Première édition Atelier Presse, collection Atelier Noir). Editions Ska. Collection Noire Sœur. Parution juillet 2015. Environ 180 pages. 3,99€.

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Published by Oncle Paul - dans Livre Numérique
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commentaires

Le Papou 18/07/2015 21:26

Bonjour Oncle Paul,
J'ai bien lu (trois fois) tu as nommé Nestor Burma dans ton billet. Conclusion : Je l'ai noté.
Le Papou

Oncle Paul 19/07/2015 18:51

Je confirme Papou. Il est bien fait référence à Nestor Burma dans le roman. En quelle occasion ? Je te laisse le découvrir
Amitiés

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