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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 14:44

Histoire sanglante glaçante mais pas galante à lire sans gant...

Gilles BERGAL : Gore story.

Après avoir infligé trente-sept aventures très saignantes à son héroïne Bloody Marie, Fabien a décidé de tourner la page. Il veut écrire son grand roman, alors il tue sur le papier Bloody Marie de façon définitive et en informe son éditeur qui, on peut le comprendre n'est guère satisfait. La série Bloody Mary est la vache à lait de Garbage River. Et Fabien s'est enrichi aux dépens des aventures trépidantes et sanglantes de Bloody Marie.

Fabien accepte toutefois de promotionner son roman, et de participer à des salons dont celui qui programmé en fin de week-end, les Journées du sang. Il va se rendre en territoire hostile, car il est évident que ses fans sauront lui démontrer qu'il a eu tort de supprimer son héroïne, en compagnie de Noémie, son attachée de presse. Et ce n'est pas parce qu'elle possède les billets du voyage que Fabien est heureux qu'elle l'accompagne, mais parce qu'elle va lui réchauffer les pieds la nuit dans son lit même si deux chambres ont été réservées.

L'emplacement prévu pour Fabien ne lui plait guère car il va être mitoyen de son pire ennemi, Lionel Soubiraud. Non seulement vantard sur ses chiffres de vente, Soubiraud a eu le tort d'exploiter une idée de Fabien alors qu'ils devisaient amicalement quelques années auparavant. Fabien lui avait raconté son prochain scénario et Soubiraud avait profité de cette aubaine. Mais Soubiraud avait saboté sa prose, et depuis Fabien lui en veut à mort, et comme les petites vengeances ne coutent pas grand chose, Fabien demande au libraire organisateur de placer son confrère à côté de la porte des WC, le seul endroit susceptible de l'accueillir dignement.

Cela fait à peine trente minutes que Fabien est confortablement installé devant sa table à dédicaces, les stylos affûtés et un rempart de livres disposés devant lui, qu'il a déjà apposé dix fois sa signature accompagnée d'un petit mot sur la page de garde des ouvrages enviés. Nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir vendre un livre toutes les trois minutes, mais moins nombreux seraient ceux qui apprécieraient se faire agresser par un lecteur déçu. Pour ce jeune homme à l'apparence soixante-huitard, Fabien n'avait pas le droit de tuer Bloody Marie, de s'en débarrasser comme d'une vieille chaussette usée de facteur rural. Il invective l'auteur en lui demandant d'un ton peu amène : ça vous amuserait qu'on vous fasse la même chose que ce que vous lui avez fait subir ?

Le lendemain, tandis que Fabien signe, Noémie se fait agresser, et ce n'est pas verbalement mais physiquement. Les éclaboussures de sang sur les murs prouvent le déchaînement de son meurtrier. Fabien est soupçonné, mais rapidement innocenté. Au moment de l'assassinat sanglant il possédait un alibi irréfutable à moins d'être doté du don d'ubiquité : il dédicaçait. Le commandant Consuela Sanchez est chargée de l'enquête, et à la question de savoir si Fabien se connaissait des ennemis, le romancier la lance sur la race de Soubiraud et du fou pas chantant mais colérique.

Le seul problème réside dans le fait que Noémie est passée de vie à trépas dans les mêmes conditions que Bloody Marie. Et comme si cela ne suffisait pas d'autres victimes sont à déplorer, tuées dans des conditions décrites par Fabien dans ses romans.

 

Gilles Bergal s'amuse comme un petit fou, chantant, dans ce court roman efficace, qui selon l'éditeur est destiné aux adultes consentants, et ajouterais-je aux végétariens récalcitrants. Outre l'intrigue habilement construite, même si au fur et à mesure que s'alignent les cadavres, on pense deviner le nom du coupable, Gilles Bergal ne s(attarde pas sur des scènes grandguignolesques. Mais il s'amuse à brocarder par exemple la posture d'un critique aigri et de certains littérateurs. Par exemple Alain Sauter, autre ennemi de Fabien :

En littérature, il y a deux moyens de se faire un nom : écrire une prose remarquable, qui marque son époque et laisse un souvenir impérissable dans la mémoire des lecteurs (pas facile) ou bien démolir les œuvres des autres avec une hargne et une méchanceté digne d'un Hannibal Lecter mordu par un chien enragé.

Gilles Bergal joue également avec la langue française, et plus particulièrement dans certaines phrases, à des allitérations ou assonances, dont je ne vous confierais qu'un exemple, un seul afin de ne pas tout dévoiler :

Mais avant que quiconque ait eu le temps de réagir, le fan fou furieux faisait demi-tour et, fendant la foule de fidèles férus de fantastique, il se faufila facilement dans la file pour fuir en direction de la fortie. Pardon, sortie.

 

Gilbert Gallerne, plus connu pour ses romans de suspense, et Gilbert Bergal, qui œuvre dans le fantastique, sont les Docteur Jekill et Mister Hyde, les frères siamois du roman fantastique et policier, et de temps à autre ils échangent leur personnalité pour le plus grand plaisir du lecteur qui ne demande qu'à se laisser guider sur le chemin des belles-lettres romanesques de la littérature populaire.

 

Toutefois, s'appeler, pour un éditeur, Trash, c'est à dire poubelle, ordures, détritus, camelote, cela frise l'inconscience ou la provocation. Ne tombez pas dans la poubelle justement et jetez un œil curieux sur la production de Trash Editions, qui accueille des auteurs comme Brice Tarvel, Philippe Ward, Romain d'Huissier ou Julian C. Hellbrock dans oublier ceux qui préfèrent signer sous pseudonyme afin de déconcerter le lecteur.

L'autre facette de Gilles Bergal :

 

Gilles BERGAL : Gore story. Trash éditions N°15. Parution avril 2015. 150 pages. 7,00€.

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commentaires

Schweinhund 28/06/2015 21:30

Bonsoir Paul. J'ai en effet lu avec beaucoup de plaisir votre portrait de Brice, de même que votre entretien avec Jean Mazarin. Nous (TRASH, donc) avons d'ailleurs eu le plaisir de passer une partie de l'après-midi d'hier en compagnie de ce dernier à Paris, à l'occasion d'une séance de dédicaces conjointe. Gilbert Gallerne était aussi présent. Voici un petit compte-rendu de cette journée, accompagné de quelques photos : http://trasheditions.blogspot.fr/2015/06/un-samedi-metaluna.html

Quant à la difficulté de trouver nos livres, je comprends que ça puisse constituer un frein. Mais nous sommes indépendants, et ne pouvons prendre le risque de faire appel aux services d'un distributeur. Fort heureusement, nous pouvons compter sur le soutien actif d'une dizaine de libraires partenaires, Et il reste bien entendu possible de passer à tout moment des commandes en direct sur notre site.

Un dernier point, puisque l'on évoque la question des pseudonymes : saviez-vous que les deux fondateurs de TRASH étaient aussi depuis deux ans chroniqueurs pour La Tête En Noir, après avoir été pendant longtemps lecteurs du fanzine ? Ceci pour vous dire que j'apprécie autant Mazarin/Errer que Nécrorian et Corsélien/Béhémoth que Kââ. Et que même si je n'ai pas l'habitude de laisser des commentaires sur votre blog, je n'en lis pas moins vos chroniques avec le plus vif intérêt depuis longtemps.

Amitiés.

Oncle Paul 29/06/2015 14:11

Bonjour
J'ai omis de vous préciser que j'ai mis également un portrait ou un entretien de Philippe Ward et de Gilbert Gallerne...
Quant à La Tête en Noir, oui, je m'en doutais d'ailleurs un pseudo est très transparent. Dire que je confie depuis sa création ou presque mes articles à Jean-Paul Guéry, cela ne nous rajeunit pas. Parmi les autres auteurs, je pense à quelques noms, dont Laurent Fétis et Yves Bulteau qui ont écrit pour Gore.
Et merci pour votre fidélité ! Maintenant il ne me reste plus qu'à me dégotter d'autres Trash. A bientôt
Amicalement

Schweinhund 28/06/2015 02:55

Bonjour Paul. Merci pour cette belle chronique : je suis très heureux que "Gore Story" vous ait plu.

En ce qui concerne le nom que nous avons donné à notre maison d'édition, en effet nous espérions provoquer ainsi... la curiosité des lecteurs. Et nous étions bien conscients que le fait de nous appeler "TRASH Editions" allait nous fermer des portes. Mais comme en parallèle d'autres se sont ouvertes pour les mêmes raisons, nous ne regrettons pas ce choix qui nous a permis d'annoncer franchement la couleur : un rouge parfois teinté de noir en l'occurrence.

Quant aux pseudonymes, presque transparents ou franchement opaques selon les cas, il est vrai qu'il s'agit là d'un de nos péchés mignons. En fait, seuls deux auteurs ont utilisé leur véritable nom pour signer leurs romans respectifs, sur les quinze que nous avons édités jusqu'à présent : Christophe Siébert et Romain D'Huissier.

Sachant que nous considérons un certain René-Charles Rey, alias Jean Mazarin, alias Emmanuel Errer, alias... Nécrorian comme le "parrain" officieux de TRASH, dont la démarche s'inspire en partie de la collection Gore, de telles pratiques relèvent d'ailleurs autant de la facétie que de l'hommage véritable...

En espérant que vous trouverez à nouveau votre bonheur parmi les autres romans noirs horrifiques de notre catalogue.

Amitiés.

Oncle Paul 28/06/2015 14:55

Brice Tarvel j'aime bien, d'ailleurs j'ai posté un portrait de François Sarkel / Brice Tarvel sur ce blog. Un entretien de Mazarin/Errer également. Mais je dois vous avouer que du côté de chez moi, j'ai du mal à trouver cette collection. Je vais m'y employer activement, et au cas où, je les chroniquerai.
Amicalement

Oncle Paul 28/06/2015 14:52

Bonjour
Et oui, je savais qu'en évoquant le nom de Trash, cela allait susciter quelques réactions. Mais il est vrai que si ce nom peut amener des lecteurs, cela peut également en détourner aussi.

Quant aux pseudos, c'est dans la droite ligne de la collection Gore mais également d'anciennes collections policières populaires.

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