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7 juin 2015 7 07 /06 /juin /2015 14:04

La vengeance est comme une omelette norvégienne : ça se déguste froid mais flambé !

Gilbert GALLERNE : La Mort pour vengeance.

Un regard, une rencontre, une irrésistible bouffée de colère et de ressentiment, et pour Agnès Castellane c'est un retour en arrière de sept ans accompagné d'un sentiment d'un gâchis programmé.

L'homme qui révulse ainsi Agnès Castellane n'est autre que Laurent Martel, un kidnappeur d'enfant qui a réussi à sortir de prison grâce au témoignage d'un codétenu et qui aujourd'hui se pavane à Cannes avec un producteur car son livre à succès est pressenti pour être adapté en film.

Agnès est responsable de la Sécurité à l'hôtel Sémiramis et elle est sur le qui-vive. Le lendemain c'est l'ouverture du fameux Festival de Cannes, et malgré la légère vétusté de l'établissement, des acteurs doivent y séjourner. Or la présence de Martel la dérange car elle avait pris l'homme sur le fait alors qu'il récupérait le sac contenant l'argent de la rançon. Seulement la précipitation du procureur a fait échoué l'opération et Martel s'est défendu en prétendant avoir découvert l'objet par hasard. Emprisonné malgré tout il a purgé cinq ans de taule puis a été libéré grâce à un témoignage opportun. Mieux, il a obtenu une indemnité conséquente, à laquelle s'ajoute les droits d'auteur de son bouquin, qu'il n'a pas écrit, et qui lui permettent de vivre à l'aise.

Chastaing, le directeur de l'hôtel prend la défense de son client lorsqu'Agnès signifie à Martel de déguerpir de l'hôtel. Et demande à la responsable de la sécurité de se calmer. Difficile à appliquer, mais elle se promet intérieurement de surveiller l'individu. L'arrivée de Ron Maxter, un acteur en pleine ascension dans le cercle fermé des stars, détourne l'attention. Il est accompagné de sa femme, actrice elle-même mais à la réputation de moindre envergure, et de son gamin Matthew, quatre ans. Ron Maxter, acteur et chanteur, comparé à raison par certains comme le nouveau Sinatra, est un habitué des lieux et il est accueilli avec déférence par Chastaing.

La présence de Martel perturbe fortement Agnès qui demande à Bernard, plus de cent kilos de muscles mais un gramme de neurones, de le surveiller, mais le vigile est plus occupé à faire les yeux doux à Barbara, la nièce de Nancy Maxter qui sert de garde d'enfant à Matthews. Quant à Martel il retrouve sur son chemin un détenu qu'il a côtoyé en prison et qui vient de se faire la belle. A deux, ce qu'il projette pourrait réussir.

Et ce que prévoyait Agnès se produit. Matthews est enlevé alors que Barbara et le vigile s'adonnent au simulacre de la reproduction. La rançon exigée pour la restitution du gamin est plus que conséquente. Alors Ron Matthews, justifiant son rapport avec Franck Sinatra, demande à son oncle, directeur de casino à La Vegas, et accessoirement parrain de la mafia locale de l'aider financièrement. Et l'oncle, d'origine italienne, est catégorique. Il faudra payer la rançon, ne précisant pas ce qu'il a en tête, et Agnès Castellane ne doit pas s'immiscer dans cette affaire, sinon son neveu Damien risque d'en subir les conséquences. Or Agnès Castellane y tient à son neveu. Surtout qu'elle a surpris Martel tourner autour de lui.

Agnès a vraiment Martel en tête, elle en parle au commissaire, mais ce son passé de commissaire ne plaide pour elle. Elle est agressée un soir, soupçonne Martel, mais il a un alibi tout comme lors de l'enlèvement du petit Américain. Bref, ce n'est pas du cinéma, même en période de festival.

 

Gilbert Gallerne a l'habitude de construire des suspenses implacables, réservant leurs lots de surprises qu'il déballe au moment où on ne s'y attend pas, mêlant la tragédie familiale comme un huis-clos tout en assurant le grand spectacle.

Les prétendants à cet enlèvement ne manquent pas, sauf aux yeux d'Agnès Castellane focalisée sur Martel, mais d'autres pourraient jouer le rôle de coupable idéal, leurs motivations ne manquant pas ou par trop évidentes. Ainsi Georges, l'homme à tout faire de l'hôtel, toujours à traîner dans les couloirs avec ses chariots de linge sale, faut pas croire ce n'est pas parce qu'on est de la haute qu'on ne salit pas ses draps, et qui attend des papiers afin de régulariser sa situation et pouvoir enfin faire venir sa famille qui végète de l'autre côté de la Méditerranée. Or un chariot a justement été utilisé pour kidnapper l'enfant.

Apparemment simple, cette intrigue prend du volume au fur et à mesure qu'elle est développée, et en artisan consommé du roman d'énigme et de suspense, Gilbert Gallerne embobine le lecteur pour lui livrer un final éblouissant dépassant le cadre strict d'un roman policier classique. Un peu à l'instar des maîtres américains, tels que Marvin Albert, Max Allan Collins et quelques autres de la grande époque, Day Keene, William Campbell Gault ou Wade Miller, mais en y ajoutant le machiavélisme indispensable pour forger cette impression ressentie par le lecteur qu'on le manipule, pour son plaisir.

Gilbert Gallerne, contrairement à la vogue des auteurs modernes qui jonglent sur le sensationnel et le voyeurisme, parfois malsains, ne s'attarde pas trop sur les conditions de détention du gamin, juste quelques lignes comme ça en passant, l'essentiel n'étant pas là. Son propos principal résidant dans l'affrontement entre Martel qui clame son innocence, et Agnès Castellane, persuadée en son âme et conscience de détenir la vérité. Et ce qui est vrai un jour ne l'est pas forcément le lendemain, sauf si la répétition est plus facile que l'innovation.

 

Gilbert GALLERNE : La Mort pour vengeance. Collection Molécule. Editions France Loisirs. Parution mars 2015. 332 pages. 9,99€. Inédit.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 08/06/2015 11:26

Une collection que je ne connais pas, mais qui a l'air sympa.

Oncle Paul 09/06/2015 09:47

oui, et qui mêle inédits et rééditions. Une bonne visibilité pour l'auteur, mais pour le lecteur il faut être abonné chez F. Loisirs. A moins que comme l'un de ses précédents romans, L'ombre de Claudia, il soit ensuite édité par un éditeur "normal".

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