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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 09:38

Souvenirs, souvenirs...

De nos beaux jours de l'été

Lorsque nous partions cueillir...

Jean-Marie PALACH : Souvenirs envolés.

Ce ne pourrait être un fait-divers estival comme un autre, mais la défenestration de Catherine Miobari fait les grands titres. Célèbre actrice de cinéma, elle n'avait aucune raison de se suicider. Pourtant c'est bien cette thèse qui est retenue, en attendant les résultats du laboratoire de la police scientifique.

Chiara Mobiari, sa fille qui suit les traces cinématographiques de la mère, est persuadée qu'il s'agit d'un meurtre et trois jours plus tard, elle se rend à la Criminelle où elle est reçue par le commandant Langlade. Elle accumule les raisons de sa mère à rester vivante, et Langlade est presque convaincu. Du moins c'est ce qu'il annonce à Clémence Malvoisin, la commissaire divisionnaire et il se promet d'aller visiter l'appartement afin de vérifier si rien n'aurait été omis par les enquêteurs. Maurice, le planton, cinéphile averti et collectionneur de revues consacrées au 7e art, a du mal à se remettre de cette nouvelle.

Rentrant chez elle à Saint-Maur, dans la banlieue est de Paris, Clémence traverse le bois de Vincennes. S'il n'a pas la réputation malfamée du Bois de Boulogne, cet endroit possède aussi ses fleurs de bitume qui attendent le chaland, court vêtues, avant de les entraîner dans leurs camping-cars transformés en garçonnières. Elle aperçoit deux hommes qui poursuivent une de ces jeunes femmes et veulent la molester. Elle s'interpose et grâce à des renforts promptement arrivés sur place, les deux hommes sont arrêtés. Ce ne sont pas des clients mais des hommes de main chargés de surveiller leurs "protégées".

Violette, ainsi se prénomme la jeune fille, narre à Clémence pourquoi elle se prostitue, une appellation qu'elle réfute. Agée d'environ seize ou dix-sept ans, elle est une M'Piga, une jumelle en langue Obemba, un village du Gabon. Et si elle vend ses faveurs, c'est pour tenir un engagement de son grand-père resté au village. En contrepartie de ses prestations forestières, des subsides sont alloués aux villageois. Violette sera placée dans un foyer, afin d'échapper à ceux qui se font du fric avec son corps. C'est ce qu'a décidé Clémence qui entend bien s'attaquer à la racine du mal, le propriétaire d'un restaurant gabonais.

A peine arrivée chez elle, Clémence reçoit un appel de Langlade. Jean-Paul Pournier, un célèbre acteur, s'est jeté chez du cinquième étage. Ecrasé, le pauvre sur le bitume.

Ceci n'est plus une coïncidence d'autant que Clémence apprend par Maurice, l'amateur cinéphile, que quelques années auparavant un réalisateur, avec lequel Catherine Mobiari et Jean-Paul Pournier auraient dû tourner un film se déroulant en Afrique, et plus particulièrement au Gabon se serait suicidé en se jetant du Pont du Gard. Or pour des raisons indéfinies, ce projet aurait avorté.

Violette se rend chez Clémence, son séjour au foyer ne se déroulant pas dans une ambiance sereine, et elle est accueillie les bras ouverts. En remerciement elle offre à la commissaire une amulette, un gri-gri ancestral, qui, elle en est persuadée, devrait la tirer des pires situations. Et Clémence en connaîtra des moments difficiles car elle s'envole pour le Gabon, sous la couverture d'une journaliste, afin de savoir pourquoi le film n'est pu être réalisé et son voyage ne sera pas de tout repos.

Dans le même temps, elle reçoit un message d'une ancienne condisciple l'invitant à une réunion au cours de laquelle devraient se retrouver tous ceux qu'elle a côtoyé en première. Les souvenirs affluent, les visages aussi, et son cœur s'emballerait presque. Si celle qui lui a lancé l'invitation était une adolescente insignifiante, Clémence se souvient très bien de deux autres condisciples, les meilleurs de la classe, et son penchant amoureux pour l'un d'eux.

 

Léo Malet m'avait déclaré un jour, lors d'un festival de Reims auquel il participait, que sans coïncidences, il n'y aurait pas de romans policiers. Les coïncidences en sont la charpente. Et effectivement dans ce roman, les coïncidences sont nombreuses, mais pas forcément fortuites. Mais elles sont expliquées en partie à la fin.

Avec une maîtrise d'horloger, Jean-Marie Palach construit son intrigue sans failles, en y apportant la touche d'exotisme qui lorgne vers le roman d'aventures. Le voyage au Gabon, les péripéties et les pérégrinations de Clémence qui l'amènent jusqu'au village de Violette, à rencontrer Solange, sa M'Piga, en compagnie d'un guide occasionnel, un commissaire qui dirige une école de formation policière et qui comprend le dialecte local, pourraient très bien s'inscrire comme le petit plus qui captive le lecteur. Mais l'auteur n'oublie pas de lorgner sur la géopolitique et les relations entre la France et le Gabon, et surtout cette transmission de pouvoir népotique. La diplomatie et l'immunité dont disposent justement les diplomates, ainsi que leurs employés, sont mises en avant. Et heureusement Clémence possède une hiérarchie qui sait prendre ses responsabilités.

Jean-Marie Palach met en avant également ce respect dû aux anciens, à la parole donnée, ce qui peut entraîner parfois des situations embarrassantes, délicates, voire dangereuses.

Jean-Marie PALACH : Souvenirs envolés. Editions Pavillon Noir. Parution le 10 octobre 2014. 232 pages. 14,00€.

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