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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 15:31

Embarquement immédiat même si vous n'avez pas le pied marin !

Jean-Luc BANNALEC : Etrange printemps aux Glénan

Trois cadavres sur une plage, cela dénote un esprit de laisser-aller qui pourrait faire fuir les éventuels touristes. Heureusement ils ont été déposés probablement par la marée, sur une plage abandonnée, et pour l'heure tout concorde à un décès accidentel, les seules marques visibles étant les lacérations provoquées par la rencontre des corps contre des rochers.

C'est un Anglais qui a aperçu de son kayak les trois cadavres, deux côte à côte et l'autre un peu plus loin, sur une plage de l'île du Loc'h, l'un des îlots qui compose l'archipel des Glénan, au large de Concarneau.

Le commissaire Dupin se rend immédiatement sur les lieux. Il aurait préféré emprunté un hélicoptère mais il est obligé d'embarquer à bord d'un bateau de la gendarmerie maritime, ce qui lui vaut quelques désagréments. En attendant la venue du légiste, le docteur Savoir, un homme qu'il n'apprécie guère, Dupin effectue les premières constatations en compagnie de Goulch, capitaine de gendarmerie, et de ses hommes. A première vue, les cadavres auraient été apportés par la marée. Durant la nuit une tempête avait agité les flots et les vagues ont fait le reste.

Nolwenn, sa fidèle et très précieuse secrétaire, l'appelle pour l'informer qu'il doit appeler le préfet, Guenneugues, un homme qu'il n'apprécie guère non plus. N'ayant plus grand chose à faire sur l'île Loc'h, Dupin demande à ce qu'on l'emmène sur celle de Saint-Nicolas, la métropole locale des Glénan. Il a un besoin urgent de café, de toute façon il ne carbure qu'au café. Et c'est du café-restaurant des Quatre-vents qu'il va diriger son enquête, avec Le Ber et Labat, ses deux adjoints, qui se démènent comme ils peuvent, devançant même parfois ses désirs.

Nolwenn l'informe que Guenneugues, qui participe à une réunion à Guernesey, va se mettre en contact avec lui. Un de ses amis, Yannig Konan, entrepreneur et investisseur, a disparu en compagnie d'un copain avec lequel il était sorti naviguer. Dupin sent que les ennuis s'accumulent comme les nuages avant l'orage. Ce qui ne l'empêche pas de déguster un homard aux Quatre-vents. L'établissement, tenu par Solenn Nuz secondée par ses deux filles, va devenir le temps de l'enquête le quartier général de Dupin. Il interroge les clients habituels, ou il délègue à ses adjoints le soin de le faire, prenant notes sur notes dans son petit carnet rouge qui ne le quitte jamais.

Yannig Konan est, était plutôt car il s'agit bien de l'un des cadavres, un homme à la réputation sulfureuse, mais peu connu dans la région. Les deux autres le sont un peu plus, dont Lefort, une célébrité régionale. Et d'après les éléments recueillis à gauche et à droite, auprès de la directrice de l'école de voile ou celle du centre de plongée, auprès de divers intervenants, il semblerait que plusieurs pistes se dessinent, des affaires plus ou moins louches dans lesquels tous les trois seraient plus ou moins impliqués. Cela va d'un centre de recherches de biologie marine, qui dispenserait des brevets auprès de laboratoires, à la légende toujours active de trésors enfouis dans les passes qui séparent les îles de l'archipel et qui seraient le cimetière de nombreux navires. En passant par la folie des grandeurs de Lefort qui envisageait des travaux afin de transformer les Glénan en vaste complexe touristique.

Dupin est constamment dérangé au téléphone par le préfet qui veut, exige des résultats le plus rapidement possible. Aussi il s'arrange pour être le plus souvent dans un endroit où la réception est difficile, voire nulle. Mais Dupin ne ménage pas son portable, ayant besoin de confier des recherches de renseignements auprès de Nolwenn, qui se met en quatre pour le servir et lui apporter les réponses à ses questions. Et puis il y a sa mère qui doit quitter Paris pour venir le voir, elle qui considère que sortie de Paris elle est en terrain étranger et dangereux, non civilisé. Sans oublier Claire, une femme du passé;

 

On ne peut s'empêcher d'accoler la silhouette de Maigret ainsi que celle de Columbo à Georges Dupin, le commissaire qui porte d'ailleurs le prénom de Simenon. Mais à surtout sa façon de travailler, ses tics, ses pensées qui font des va-et-vient en jouant au coq-à-l'âne.

Dupin était mécontent. Cette affaire avançait trop lentement à son goût.

Nolwenn connait son patron, peut-être mieux que lui-même se connait, et anticipe souvent ses désirs lors de ses enquêtes.

Nolwenn savait que chaque enquête du commissaire comptait un moment précis où il flairait une piste - parfois diffuse, parfois quasi inconsciemment mais à chaque fois il devenait alors comme obsessionnel : il lui fallait suivre son inspiration, si fantaisiste puisse-t-elle paraître. Tout le reste devenait secondaire - ce qu'il exprimait parfois avec entêtement, voire grossièreté.

Tout comme Columbo il possède une voiture hors d'âge.

Sa vieille Citroën XM l'attendait devant la porte. Il était attaché à cette voiture particulièrement laide au point de refuser, malgré les innombrables injonctions du préfet, de la remplacer par un véhicule de fonction plus moderne.

Dupin, souvent en conflit avec le préfet, se cabre devant d'autres hommes politiques dans cette enquête. Notamment avec du Marhallac'h, le maire de Fouesnant, commune dont dépendent les Glénan.

Dupin ne détestait rien autant que les hommes politiques. Lisses comme des anguilles, versatiles et sans scrupules, ils savaient à merveille faire leur petit show rhétorique pour cacher autre chose, généralement leurs intérêts propres, tout en traçant impeccablement leur route.

Des dialogues parfois surréalistes émaillent ce roman lui apportant une touche d'humour, une légèreté, une vivacité de bon aloi. Et le commissaire Dupin avec ses quelques défauts, un peu bourru, proche des autochtones malgré l'étiquette d'étranger qui lui est accolée, ayant longtemps vécu à Paris et n'étant en place que depuis quelques années, se montre sympathique et fréquentable.

Jean-Luc BANNALEC : Etrange printemps aux Glénan (Bretonische Brandung - 2013. Traduction de Amélie de Maupéou). Editions Presses de la Cité. Parution le 23 avril 2015. 432 pages. 21,00€.

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