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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 14:52

Une hirondelle ne fait pas le printemps, elle fait l'enfer.

Michel VIGNERON : Un vent printanier.

En ce 16 juillet 1995, une petite foule se presse auprès du monument rappelant la Rafle du Vélodrome d'hiver le 16 juillet 1942. Cinquante trois ans se sont écoulés et Jacques Chirac, le nouveau président de la République va s'adresser en public lors de cette commémoration. Parmi les personnes venues l'écouter de nombreux Juifs composent cette assemblée. La gamine qui accompagne son arrière-grand-père en fauteuil roulant aurait préféré être avec ses amis aux Champs Elysées, car il faut l'avouer il ne lui adresse quasiment jamais la parole, ses pensées tournées vers le passé. Pourtant peu à peu, en entendant les paroles de Jacques Chirac, elle sent qu'il se passe un événement sans précédent.

D'ailleurs son papé en a les larmes aux yeux et elle l'entend qui prononce ces mots : Il l'a dit. Pour la première fois depuis cinquante-trois ans, La France reconnait son implication entière dans cette rafle, seuls les policiers français ayant participé à cette ignominie. La France fait acte de repentance.

Une vieille dame, plus jeune que l'homme assis dans un fauteuil roulant, a elle aussi assisté à ce discours, accompagnée de son petit-fils. Il est bon que la jeunesse, dont l'enseignement de l'histoire de France est aléatoire, apprenne qui furent les véritables artisans de cette rafle. Des Français et non pas des Allemands. A un mouvement de foule, elle aperçoit le vieux monsieur et le reconnait, plus de cinquante ans après. Il faut absolument qu'ils se parlent et joignent leurs deux bouts d'étoile juive afin de renouer en évoquant un passé douloureux.

 

Le 15 juillet 1942, la rumeur court. Une rafle va être organisée, contre les Juifs. Une de plus. Seulement à l'encontre des Juifs étrangers. Allemands, Autrichiens, apatrides... De toute façon pour les bons Parisiens, les bons patriotes, ceux qui adhèrent au système de Vichy et même aux catholiques intégristes, cela ne peut qu'être utile. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que René Bousquet et ses sbires, dont Emile Hennequin, vont organiser cette opération que seules les forces policières françaises mèneront. Ils vont même aller plus loin que ce que désiraient les Allemands, c'est à-dire que dans un louable sentiment d'humanisme (!!!) les enfants et les femmes ne seront pas séparés des hommes et tous seront conduits au Vélodrome d'Hiver avant d'être dirigés vers des camps en Allemagne. Mais les événements sont plus tragiques que ce que pouvait imaginer l'opinion publique même si certains auraient voulu encore beaucoup plus dans cette forme d'épuration. Que tous les Juifs soient arrêtés, Français ou non, et exterminés.

De cette narration douloureuse, émouvante, poignante, violente, émergent quelques figures auxquelles l'auteur va s'attacher à reconstituer le parcours sur quatre journées sans fin.

Rachel malgré ses treize ans est la chef incontestée de la petite bande des Etoiles de Shérif, un gang composé de Michel, Simon et Samuel. Ils s'amusent dans le quartier et souvent ils sont confrontés à une bande de Goys. Les échanges sont musclés et parfois même scatologiques. Mais le 16 juillet au petit matin il n'est plus l'heure de s'amuser.

Les policiers, imbus de la mission qui leur est confiée, investissent les immeubles, munis de listes d'habitants juifs, et défoncent les portes lorsque les locataires n'ouvrent pas assez vite. Souvent il ne reste plus que les femmes et les enfants, les pères s'étant évanouis dans la nature. Parmi ces policiers vindicatifs, hargneux et profondément antisémites pour des raisons dont ils ne connaissent pas forcément l'origine, mais obéissants aveuglément aux ordres reçus, les devançant même dans certaines occasions, François. Il ne réfléchit pas, il exécute ce que l'on lui a demandé de faire, et il veut montrer, démontrer qu'il est un bon Français, selon les exigences vichystes édictées par Pierre Laval. Alors il arrête dans la foulée des Juifs Français, pour faire bon poids, et à la moindre velléité de résistance il les tue. Il a toujours une bonne excuse auprès de ses responsables qui préfèrent fermer les yeux sur ces agissements.

Mais dans son aveuglement et son inconscience, le képi lui mélange les neurones, il va outrepasser les ordres, et organiser, avec deux autres collègues dépassés par les événements et soumis à son influence néfaste, des tortures dans une enceinte cachée du Vélodrome d'Hiver à des fins de vengeance personnelle.

Jean est lui aussi policier. Il obéit mais il est bouleversé par le regard d'une jeune mère, par un enfant confiant qui lui tient la main. Tous ne sont pas comme François et certains policiers vont fermer les yeux lorsque des Juifs parviennent à prendre la fille de l'air. Et Jean à un certain moment va se transcender, chercher à sauver des vies.

Dans l'enceinte du Vel d'Hiv où sont confinés hommes, femmes, enfants de tous âges, la tension monte et les conditions de survie se dégradent.

 

C'est dans cette ambiance délétère que Michel Vigneron raconte au travers des déboires et des confusions, des certitudes et des regrets, des amours et des amitiés perforées, les pérégrinations d'une dizaine de personnes prises dans la tourmente, la subissant, l'avalisant, l'avilissant aussi. Des personnages, héros en puissance et monstres affirmés, qui ne pourront pas quitter votre esprit le livre refermé.

L'opération Vent Printanier, tel était le nom donné à cette manifestation d'horreur commanditée par Bousquet, mais plus de soixante dix ans après, la mentalité n'a pas changé. Les Juifs sont toujours la cible de quelques excités qui prennent de plus en plus d'hardiesse devant la montée du racisme et de l'antisémitisme prônée par des individus dont les discours ne sont même pas pointées du doigt ou si peu. Et ce ne sont pas les déclarations démagogiques, ou des lois, qui y changeront quelque chose. Ce sont les mentalités qui doivent être éduquées en profondeur.

Un roman, souvent dur, dont l'action principale se déroule du 15 juillet au 18juillet 1942, qui emprunte à la réalité. Un roman-document réaliste qui devrait faire réfléchir toute une frange de la population alors que l'antisémitisme progresse. Mais les religions elles-mêmes sont souvent à l'origine de ces débordements par leur intransigeance, leur intégrisme, leur intolérance, leur certitudes et leur fanatisme.

Cette chronique n'est qu'un petit aperçu de ce roman qu'il faut lire pour comprendre toute l'ignominie développée durant ces quelques jours qui restent une tache dans l'histoire de la police.

 

Dans cette même collection [39-45] dont je n'aurai de cesse de vanter et de vous conseiller de découvrir, lire également :

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