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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 09:34
David GOODIS : Les pieds dans les nuages

Et la tête aussi ?

David GOODIS : Les pieds dans les nuages

Révoqué de la police cinq semaines auparavant pour avoir encaissé des pots de vin, Corey Bradford vit de gin dans les bars des bas quartiers de la ville de Philadelphie : Le Marais. Au Hangout, repaire des poivrots, il rencontre un soir son ex-femme Lilian, remariée avec Delbert Kingsley.

Désireux de se remettre en fonds, Corey tente de jouer au stud-poker ses derniers cents, mais il est refoulé par Walter Grogan, propriétaire du Hangout et de nombreux immeubles du Marais. A ce moment deux hommes masqués pénètrent dans la salle de jeux et sans la présence d'esprit de Corey, Grogan y passait.

Corey est embauché par le caïd pour découvrir qui se cache derrière cette fusillade. Le même soir, Mc Dermott, le chef de la Brigade Spéciale de nuit, une brigade légèrement en marge de la police officielle, embauche également Corey pour enquêter sur Grogan et le faire tomber dans les rets du fisc.

Deux gros bras à la solde de Grogan l'interpellent en pleine rue, le kidnappent mais Corey parvient à se débarrasser des deux hommes, simulant un règlement de compte entre les truands. Chez Grogan, Lita, la jeune épouse de celui-ci mais frustrée sexuellement, lui fait comprendre qu'il ne lui est pas indifférent. Face aux inquiétudes de Grogan, Corey lui relate les événements de la veille, précisant que les deux hommes doublaient le caïd pour une tierce personne.

Mc Dermott rend visite à Corey pour lui confier qu'il désire venger sa femme violée trente-trois ans auparavant. Il a déjà tué huit des participants de ce crime, mais il manque à son tableau de chasse le chef. Corey en déduit que le rescapé se nomme Grogan, mais il sent qu'entre Mc Dermott et lui existe un autre lien. Grâce à Carp, un nabot spécialiste de l'absorption de verres appartenant à d'autres consommateurs, Corey obtient l'adresse de son ex-femme. Celle-ci défend Kingsley mais Corey apprend qu'outre son passé de prisonnier, Kingsley a tué un homme par homicide soi-disant involontaire et qu'il rentre à des heures impossibles la nuit. Sortant de chez Lilian Corey est agressé par des inconnus.

Il réussit à leur fausser compagnie et se réfugie dans les marais qui s'étendent en bordure du quartier. A la faveur de la lune Corey reconnait en Kingsley le chef de ses poursuivants. La petite bande est dispersée par des sauveteurs providentiels.

 

Bizarrement l'action de ce roman se déroule en quarante-huit heures, alors que les faits qui déterminent la vengeance de Mc Dermott remontent à plus de trente-trois ans (A moins qu'il s'agisse d'une erreur de traduction et que ce ne soit que trente-trois mois). On peut se demander pourquoi tout se met en branle d'un seul coup. Les événements se précipitent, principalement lors de la seconde nuit particulièrement longue et éprouvante pour Corey.

Il existe une autre invraisemblance dans ce récit : Corey, alcoolique, se conduit en homme en possession de tous ses moyens, en sportif s'entraînant régulièrement et non comme un être au bout du rouleau. Il se pinte consciencieusement entre deux agressions, ce qui ne l'empêche pas de recouvrer sa lucidité dans les moments critiques.

Mais ce ne sont que détails auprès de la noirceur et de la force d'évocation de ce roman des ténèbres, au propre comme au figuré. Corey dès son enfance a été voué à un véritable enfer. Il n'a pas connu son père, assassiné quatre mois avant sa naissance. A dix-sept mois il a été mordu par un de ces rats qui pullulent dans le quartier du Marais. A six ans il tue un autre des ces rongeurs avec un couteau alors que sa mère découche et s'encanaille. Son mariage sera un échec, par sa faute, et il sera viré de la police, toujours par sa faute.

Et la lumière qui brille en épilogue de ce roman n'est peut-être qu'une flammèche, l'un de ces feux-follets qui luisent dans les marais. Le Marais, justement, nom du quartier dans lequel se déroule l'action, symbolise la fange dans laquelle s'enfoncent désespérément les habitants de ce coin de la ville bordé par des marais.

De son enfance, de ses tribulations, Corey garde quelques symptômes et manies, dont celle de se parler en aparté, de se motiver, de s'injurier, de se conseiller, comme s'il était en conversation permanente avec une tierce personne, sorte d'ange gardien peu efficace.

 

L'insigne (de policier), en quelque sorte, le gênait, l'irritait. C'était en somme comme un sous-vêtement qui l'aurait démangé.

 

Curiosité :

Lorsqu'un événement va se produire influent sur son destin, Corey ressent dans l'aine un tiraillement, souvenir de la morsure du rat dont il porter toujours la cicatrice.

Réédition : Carré Noir N°387, Mai 1981

Réédition : Carré Noir N°387, Mai 1981

Folio N°2141, Mars 1990.

Folio N°2141, Mars 1990.

Folio Policier N°244, Avril 2002.

Folio Policier N°244, Avril 2002.

David GOODIS : Les pieds dans les nuages (Night Squad - 1961. Traduction de Jean Debruz). Série Noire n°691. Parution février 1962. 256 pages.

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commentaires

La Petite Souris 18/04/2015 11:46

J'aime beaucoup David Goodis, même si je ne l'ai jamais chroniqué. Par contre je ne connaissais pas du tout ce roman, je vais me mettre en chasse ! :) Tres belle chronique en tout cas Paul !! Amitiés

Oncle Paul 18/04/2015 11:47

Merci Bruno
Et comme tu peux le voir, tu as le choix dans la date, je veux dire dans l'édition...
Amitiés et bon week-end de lectures

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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