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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 12:12

Le faon et l'enfant.

Daniel CARIO : Petite Korrig.

Abandonnée à sa naissance par son père, c'est Francine, sa mère, qui va l'élever toute seule. Mais ce ne sera pas tous les jours facile.

Car Violette n'est pas tout à fait comme les autres enfants du Faouët. Et comme tous ceux qui possède une particularité physique, elle est la cible et la risée de ceux qui ne souffrent pas d'anomalies. C'est une naine !

Elle a été surnommé Korrig, qui signifie lutin, naine, petite, par sa mère et cela lui est resté. Korrig fréquente jeune l'école sous l'impulsion de la maîtresse d'école, et comme elle possède déjà des rudiments, notamment en lecture, elle devient rapidement la meilleure élève. Et quand on est meilleur que les autres et qu'on est handicapé, on se retrouve vite la tête de Turc de certains élèves et de leurs parents.

Elle accompagne sa mère au lavoir, mais trop petite avec des bras trop courts, elle ne peut pas l'aider comme lavandière. Pourtant elle est tenace, courageuse, pugnace. Francine, afin de mettre du beurre sur les crêpes, travaille aussi le soir et même la nuit. Elle repasse, amidonne, répare des coiffes de dentelles du pays d'Aven. Korrig, puisqu'elle ne peut aider sa mère au lavoir va prendre sa succession dans ce travail minutieux. Et elle excelle au plus grand plaisir des clientes. Jusqu'au jour où accaparée ailleurs elle oublie le fer sur une coiffe. Pas de panique, elle va en confectionner une qui sera semblable, mais en mieux, à celle qui a subi les assauts du fer.

Un faon égaré se réfugie dans le jardin de leur chaumière et la mère et la fille nourrissent au biberon le futur cervidé. L'appel de la forêt bientôt se fait sentir, mais Mabig, ainsi qu'elles ont appelé l'animal, revient de temps à autre pour une visite amicale. Elle ne le savent pas encore, mais Mabig sera à l'origine des malheurs de Korrig. Nous n'en sommes pas encore là, le temps s'écoule, tout irait pour le mieux si Francine n'avait eu une altercation avec l'une des lavandières. Elle tombe à l'eau, prend froid et décède.

Korrig se retrouve seule, mais elle est courageuse et à dix-sept ans elle a tout l'avenir devant elle. Elle a décroché son certificat d'études, haut la main, avec un an d'avance, quelques années auparavant, ce qui a bouché le bec à bien des commères et attisé encore plus les jalousies, mais ce diplôme ne lui sert à rien dans son métier de fabricante de coiffes à domicile.

Mabig vient la voir de temps à autre mais ce jour-là le chevreuil est traqué par des chasseurs accompagnés de chiens, hargneux comme il se doit. Mabig se réfugie chez Korrig qui le cache mais les chasseurs émoustillés à la vue de la naine, et bien chargés d'alcool changent leur fusil d'épaule. Ils sont quatre, trois vont la tenir, les jupes sur la tête, et le quatrième se conduit comme une bête en rut. Un événement qui va se décliner par une double conséquence, mais Korrig ne livrera qu'une moitié de son secret. Elle n'a pas vu le visage de son agresseur.

 

Quelques semaines plus tard, Korrig ne peut que constater les dégâts : elle est enceinte. Et dans le bourg, ça jase. Korrig se tait, laissant les commères extrapoler sur l'identité du père. Commères qui vont rabattre leur caquet plus tard, lorsque l'enfant naitra.

Korrig n'a pas cherché à avorter, et elle met au monde Justin seule. Justin qui est bien portant, mange comme deux, et n'est pas atteint de nanisme comme sa mère. Justin, dont le prénom a été donné par confusion, mais il lui va bien. Enfin presque. Le secret de Korrig réside justement en Justin, mais jusqu'à sa mort, elle le gardera en elle. Et Justin n'apprendra le nom de son père que plus tard, beaucoup plus tard, à l'occasion d'une noce de mariage.

 

La mutation de la Bretagne s'étale tout au long du début du XXe siècle avec la naissance de Korrig en 1900, son enfance, son adolescence, son viol et la naissance de Justin en 1920 et le dénouement durant les années de la Seconde Guerre Mondiale.

Mais outre cette mutation, cette transformation qui se décline socialement avec les progrès et les techniques nouvelles, c'est l'antagonisme entre les citadins et les ruraux qui est analysée. Des citadins arrogants, les chasseurs notamment venus de Lorient, imbus de leurs prérogatives, des notables pour la plupart, qui prennent les ruraux pour des arriérés. Et les ruraux matois ne s'en laissent pas compter, se moquant de ces citadins qui sont tournés résolument vers le modernisme en bradant les traditions. L'incompréhension et les difficultés d'établir un dialogue, chaque groupe s'enfermant dans ses certitudes.

De petites joies, de bonheurs fugaces, en drames et mélodrames, la vie de Korrig et celle de Justin, juste un, défilent au Faouët et ses environs, dans les bois, la chaumière natale convoitée par une Parisienne héritière, les voisins, la petite Violette qui porte le même prénom que Korrig, une muette qui a l'âge de Justin et est nantie d'un père ivrogne, Juliette, la fille du boulanger dont les premiers émois amoureux dépassent Justin, et bien d'autres événements qui se télescopent dont une nouvelle fois l'arrivée impromptue de Mabig pourchassé encore une fois par des chasseurs.

 

On ne peut s'empêcher en lisant ce roman de penser à des auteurs qui ont décrit l'âpreté de la vie rurale et les secrets qui entourent des familles, secrets jalousement gardés à cause des conséquences que cela pourrait entraîner sur la vie même de ces familles, mais aussi par orgueil et honte. Alors comparer Daniel Cario à Emile Zola, Hector Malot, Xavier de Montépin, pour des scènes dures, violentes, représentatives de l'âme humaine, une certaine forme de misérabilisme également, et plus près de nous à Hervé Jaouen, ou chez les Américains, Ron Rash, John Steinbeck ou d'autres, cela serait malvenu, car l'auteur possède sa propre identité, son talent de conteur et de raconteur, mais il peut être placé sur le même piédestal.

Il sait émouvoir le lecteur avec des personnages attachants. Aujourd'hui Korrig ne se conduirait peut-être pas comme elle l'a fait en ce début de vingtième siècle, mais demeurent les jalousies, la méchanceté, la bêtise de villageois, mais ceci pue être également porté au crédit des citadins et des banlieusards, qui n'ont de cesse de dénigrer ceux qui ne vivent pas comme eux. Korrig restera une figure marquante par son abnégation et sa dignité dans les épreuves.

Daniel CARIO : Petite Korrig. Collection Terres de France. Editions Presses de la Cité. Parution le 19 mars 2015. 480 pages. 20,00€.

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