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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 13:18

Mignonne allons voir si Sclérose,

Qui ce matin avait éclose

A enfin perdu cette vêprée

ce combat par tous mené...

COLLECTIF : Silencieuse et Perfide.

Pardon M'sieur Ronsard pour ce détournement.

Quatorze auteurs ont trempé leurs plumes dans l'encrier de la solidarité, afin de nous sensibiliser à la progression d'une maladie mal connue dont les effets peuvent induire en erreur les personnes qui côtoient celles qui en sont atteintes.

Ils se sont investis, soit par pure philanthropie et empathie, soit parce que eux-mêmes possèdent dans leur entourage de la famille ou des amis qui sont atteints de cette maladie Silencieuse et Perfide. Alors ils ont écrit chacun un texte à leur image, sincèrement, sans chercher à jouer dans le misérabilisme, restant simples mais prouvant leur empathie envers les victimes, jouant parfois avec le dérisoire et l'humour.

 

Voici par ordre d'entrée en scène, Gaylord Kemp, animateur du blog Du Bruit Dans Les Oreilles, et initiateur de ce recueil : En t'attendant est narré, à la première personne, par une future mère atteinte de sclérose en plaques et qui n'a pas renoncée à la vie puisqu'elle s'adresse à une enfant en fin de gestion. Une transmission, non de la maladie, mais de l'espérance d'une cellule familiale.

 

Frédéric Coudron enchaîne avec Les Apparences. Une jeune femme est retrouvée morte, nue, dans sa baignoire, un sac sur la tête. Pas de traces de coupures, pourtant du sang est étalé sur le sol, près d'une lame de rasoir. Donc, selon toute apparence, l'assassin se serait coupé. Farid, l'un des jeunes lieutenant de Catherine, l'enquêtrice, a déjà son avis sur la question et il est persuadé d'avoir raison. Un jeune imbécile qui se fie trop à ce qu'il voit et déduit, sans réfléchir, tandis que Catherine suit la procédure et sent que quelque chose n'est pas net. A noter que l'un des protagonistes se nomme Bernard Pouy.

 

Bénédicte Boullet, la seule représentante féminine ce qui est un peu dommage, nous entraîne dans Désirs à la suite d'Eva, jeune femme qui vient d'avoir de recevoir de bonnes nouvelles. Sa sclérose en plaques s'est stabilisée. Alors pourquoi ne pas en faire profiter son mari ?

 

Christian Rauth est acteur, scénariste et romancier, quoique cette dernière activité, il la pratique en dilettante. Dans Synapses, il laisse éclater un humour pince-sans rire qui fait mouche. Le narrateur est en baisse de forme. Il ne fait plus rien ce qui désole sa femme. Normal, le médecin lui diagnostique une suspicion de SEP. Alors, pourquoi ne pas en profiter.

 

Avec Gilles Gaillot, c'est Complaintes d'une vie presque trop ordinaire. Il est découpeur de cadavres, et depuis plus de vingt-cinq ans, il travaille comme un artiste. Voilà, c'est ça, c'est un artiste artisan. Ou le contraire. Et il découpe de petits morceaux de viande, amoureusement, malgré son handicap de sclérosé en plaques. Il veut faire plaisir à ses clients avant de passer la main.

 

Bertrand B. (qui signe également sous le nom de Bertrand Binois la couverture de l'ouvrage) propose Sous quelle étoile. Le docteur Rubiel jubile. Rita, sa patiente, est atteinte de sclérose en plaques, et il est fier de lui montrer sur les radios les petites taches noires qui démontrent que la maladie est à un stade avancé. Mais pour une fois, la vie a joué un drôle de tour à Rita, que son amie Laura qualifie de parfaite et de chanceuse. Mais Rita n'est pas que ça, elle est râleuse, geignarde. Alors Rita décide de porter réclamation. Humour noir garanti.

 

Stéphane Marchand déclare Quand tout allait bien. Mais c'était avant. Car Gary avait tout pour lui. Quinquagénaire bien de sa personne, riche, attirant les jeunes filles dans son lit, se prélassant à bord de son catamaran. Jusqu'au jour où le nouveau responsable de la Banque Royce le contacte et lui signifie qu'il va être obligé d'effectuer un petit travail, sinon... C'est dur parfois la vie de riche !

 

Pierre Gaulon, sentant le printemps venir se sert de son Taille-haie. Ou plutôt il a confié la tâche à Julie qui veut entretenir sa haie et la couper. Mais lorsqu'on est atteint d'une sclérose en plaques, ce n'est pas facile avec des membres qui ne répondent plus aux sollicitations du cerveau.

 

Dans l'univers de Jess Kaan se meut Uthoff, la tique. Lou-Ann se réveille d'une léthargie provoquée, elle s'en souvient, par un coton imbibé de chloroforme. Elle n'est pas seule dans la pièce à être enchaînée. Trois autres personnes sont prisonniers, un homme à l'air austère d'un professeur et deux femmes. Ce n'est pas le seul lien qui les unit, ils sont tous atteints de sclérose en plaques. Mais pourquoi les avoir enlevés ?

 

Associé à Michaël Moslonka Gaylord Kemp revient avec L'ombre de personne. Claire n'est pas bien. Elle est allongée sur un lit d'hôpital. Séraphine est présente. Claire est sa meilleure amie. Reviennent en flots les souvenirs, les moments passés avec cette Miss Parfaite. Il est vrai que Claire n'est pas atteinte de Sclérose en plaques.

 

Une existence sans contrainte, tel est le souhait de David Lecomte. Le narrateur est un rêveur. D'autres, des personnes mal intentionnées sans aucun doute, le qualifieraient de fainéant. Il est vrai qu'il a hérité de son paternel une somme conséquente, à la mort brutale de celui-ci. Mais il faut bien justifier cette paresse dans laquelle il s'englue avec ravissement.

 

Next Level, another day, de Fabio M. Mitchelli, nous emmène dans un Paris qui a mal vieilli, en 2034. Le 11 septembre 2029, un groupuscule terroriste a perpétré un attentat, coûtant la vie à plus de dix-sept mille personnes, détruisant de nombreux monuments prestigieux. Des étudiants en marketing et tourisme ont alors eu l'idée de proposer des visites touristiques qu'ils ont appelés Apocalyps Travels. Et les touristes, ce n'est pas ce qui manque.

 

Samuel Sutra, abandonnant encore une fois, après Kind of Black, Tonton et ses sbires, qui auraient pu être interprétés au cinéma par les Charlots avec à leur tête dans le rôle de Tonton Michel Galabru, Samuel Sutra affirme Sans échappée possible. Le narrateur examine Michel accroché à la rambarde d'un pont parisien. Au loin le Pont-Neuf et une péniche qui passe dessous. Le narrateur aborde Michel, il le connait, bien c'est peut-être s'avancer, mais il le connait, participant aux même réunions où se retrouvent ceux qui sont atteints de SEP. Il sait ce que Michel a en tête, passer au dessus du parapet. Alors il lui parle et lui offre même une cigarette.

 

Enfin, le mot de la fin est donné à Patrick S. Vast, dont vous pouvez retrouver la chronique du roman Requiescant sur ce blog. Ronnie met en scène un jeune homme, Jo, la vingtaine, et qui se défini comme un authentique Mod. Un Moderniste, pour tout vous dire. Mais un moderniste de la vieille époque, de celle de l'année 64 qui vit fleurir bon nombre de groupes rocks, chassant les Gene Vincent et autre Eddie Cochran de leur répertoire. Les Who, les Kinks, les Small Faces... D'ailleurs c'est en hommage à ses derniers que le groupe de Jo s'appelle The Wood Faces. Surtout en souvenir de Ronnie Lane... Souvenirs, souvenirs...

 

Souvent dans ce genre de recueil assemblant des textes de commande ou spontané, les auteurs se laissent parfois aller à la facilité. Avec Silencieuse et Perfide, je n'ai pas ressenti ce laisser-aller, qui se traduit quelquefois par des textes laborieux. Tous se sont sentis impliqués à des degrés divers et pour certains, ils ont même résolument changé leur style, s'adaptant aux circonstances. Et tous ont soigné la chute, primordial dans une nouvelle.

Si j'ai déjà lu quelques œuvres de ces auteurs, certains m'étaient totalement inconnus, et pour moi c'est également une découverte bénéfique. L'envie de les retrouver dans d'autres aventures.

Mais il n'en reste pas moins que ce recueil devrait intéresser bon nombre de lecteurs, même ceux qui rechignent à lire des nouvelles.

Et puis si ma présentation ne suffit pas à vous inciter à acheter cet ouvrage, sachez que les bénéfices seront versés à l'AFSEP, Association Française des Sclérosés En Plaques.

COLLECTIF : Silencieuse et Perfide. Editions Fleur sauvage. Parution le 10 février 2015. 200 pages. 15,60€.

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commentaires

Claude LE NOCHER 06/04/2015 17:16

Salut Paul.
On ne parle que d'Alzheimer, dès lors qu'il s'agit de maladies neurologiques. C'est assez agaçant pour les familles dont un proche est atteint de sclérose en plaque. Familles qui, j'en témoigne, ne sont absolument pas soutenues. Au contraire, les médecins veulent rarement faire le diagnostic de la SEP. Hospitalisation et analyses inutiles, pas davantage. Aucune reconnaissance de cette maladie invalidante, aucune aide bien entendu. Financière, n'en parlons pas, mais c'est aussi d'aide morale et de présence dont ont besoin les proches... Désolé de plomber un peu le sujet, mais j'espère que des gens "non concernés" comprendront le problème. Amitiés.

Oncle Paul 08/04/2015 16:02

Bonjour Roland
Les grandes entreprises, les grandes manifestations médiatiques sont à louer certes, mais rien ne vaut l'écrit pour en "parler". La Sclérose en plaques n'est peut-être pas intéressante médiatiquement... mais elle est sournoise et pernicieuse et surtout elle s'attaque aux jeunes aussi bien qu'aux plus âgés. Pourquoi on n'en parle moins, peut-être parce que les scientifiques sont déboussolés et n'ont aucune proposition, pourtant il n'y a pas qu'Alzheimer, le Sida et autres comme maladie à essayer d'éradiquer...
Amitiés Roland

Sadaune Roland 08/04/2015 09:56

Bonjour les amis, effectivement c'est une super initiative que de s'être penché, via le recueil, sur cette affection. Ma femme est concernée depuis 22 ans et ça n'est pas facile tous les jours. Le polar aide, à sa façon... En parler est comme une porte entrebâillée sur un air vivifiant. Amitiés, RSadaune.

Oncle Paul 06/04/2015 18:17

Bonjour Claude
Non, tu ne plombes pas le sujet, car dans certains textes, cette non reconnaissance est mise en avant. Personnellement, je n'ai pas de membre de ma famille atteint de cette maladie pernicieuse, mais j'ai eu une jeune collègue qui en était atteinte. Et non nom de collègues qui ne le savaient pas se moquaient d'elle, la traitaient de fainéante ou pire, ce qui était révoltant.
Mais elle avait préféré caché sa maladie, par pudeur.

Amitiés.

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