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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 13:25

Et Marc vit l'art, Monika !

Marc VILLARD : Harmonicas et chiens fous.

La musique et l'écriture sont les deux mamelles auxquelles s'abreuve Marc Villard, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Il pourrait être surnommé le Petit Mozart de la nouvelle, à moins que Chet Baker lui convienne mieux, car il joue dans le même registre, celui de la mélancolie, ou encore Roland Kirk, le phénomène qui pouvait jouer de plusieurs instruments à vent à la fois. Chaque texte est différent même si parfois il improvise sur un registre déjà abordé.

Ainsi La rivière argentée reprend le même thème que Rivière profonde traité dans Scènes de crime. Une scierie en forêt, une jeune fille, deux garçons, des jumeaux qui ne se ressemblent pas vraiment, et une attirance, un accident du travail, une promenade en barque, quelques éléments semblables et pourtant si divergents dans le traitement. L'art du nouvelliste de pouvoir changer en jouant avec des situations identiques.

Le dernier combat, c'est dur pour un boxeur mais il faut bien raccrocher un jour. Hakim le sait, Nina sa compagne aussi. Nina joue de la guitare et de sa voix rauque, éraillée à la Janis Joplin, elle assume tandis que leur fillette essaie de ne pas s'endormir tout en écoutant sa mère qui récoltera quelques euros à la fin de sa prestation. Mais le couple refuse toute concession, et quitte à gagner de l'argent, autant que ce soit honnêtement.

Chez Mama-San, Daniel joue de la guitare avec deux amis. Ils interprètent le registre de CSN &Y (Crosby, Stills, Nash & Young, groupe mythique des années 60/70)) mais ce n'est pas sa seule occupation. Il travaille de temps à autre pour un malfrat, et cette fois-là il doit retrouver un comptable indélicat. Mais entre Cécile, son amie de dix-huit ans, sa guitare, et l'attrait qu'il ressent en entendant quelqu'un d'autre jouer du Neil Young, cela fait beaucoup pour un seul homme et lui fait perdre de vue son but.

Des Harmonicas, Paul en possède toute une collection. Douze exactement. Et il a un gamin, qu'il voit de temps en temps. Sa femme est partie, et il a un droit de visite. Seulement de petits blancs en petits blancs, et autres boissons alcoolisées, la famille s'est délitée. Pourtant il l'aime son gamin, il partirait n'importe où avec lui pour le garder.

Dans Hallucinex, nom du groupe dans lequel joue et chante Alan. Sa femme Brigitte et sa fille le suivent, de concert en concert, mais cela ne peut durer. Brigitte en a marre, se bourre de médicaments, et un jour le drame éclate.

Le stade Jean Carillon, c'est le rendez-vous des gamins qui tapent dans la balle comme ils peuvent, selon leurs moyens et leur physique, sans se préoccuper de leurs origines. Sur les gradins se tient Freddy, un ado qui ne se sépare jamais de sa guitare. Un beau (?) jour Freddy n'est plus là, les garçons tapent toujours dans leur ballon, mais pour accéder au stade, il faut prendre des chemins détournés, comme Fabien et les rencontres ne sont pas toujours source de Plaisir.

Suivent Le voyageur immobile, Né dans le bayou, Jaurès Stalingrad et Beauduc, en tout dix histoires dont six inédites, les quatre autres ayant été publiées dans des recueils collectifs ou dans des quotidiens comme Le Courrier Picard, mais qui toutes tournent autour de la musique mais surtout dans le glauque.

Des personnages lambdas, des paumés de la vie, des rejetés de la société, des exclus du bonheur simple comme un coup de fil pour se pendre, des habitués du sordide, des individus en recherche d'un coin de ciel bleu, eux qui pour la plupart végètent ou transitent par la Picardie, la Belgique, la banlieue parisienne, et qui n'ont que la musique pour seul viatique.

Marc Villard s'étend sur ces êtres qui vivotent comme ils peuvent, qui auraient pu être mais ne le sont pas, à cause de la drogue ou de l'alcool, ou tout simplement par manque d'amour et d'affection, Marc Villard s'étend sans concession mais il ne peut les aider sinon décrire leur quotidien parfois misérabiliste.

Il vit avec eux, en eux, tente de les extirper de la fange par des mots, il nous les montre dans tout leur désarroi.

Marc Villard, c'est un peu l'Abbé Pierre de la nouvelle, il construit, il montre du doigt, il prend son stylo de pèlerin et embouche son harmonica afin que la foule le suive. Et s'il était peintre au lieu d'être écrivain, il tremperait son pinceau sur la palette de Brueghel l'Ancien ou le Jeune, de Jérôme Bosch, restituant la noirceur de leurs tableaux montrant les petites gens au quotidien et les scènes de la vie rurale.

 

Autres chroniques recueillies chez des amis blogueurs, n'hésitez-pas à leur rendre visite !

Roland-Kirk  par Heinrich Klaffs

Roland-Kirk  par Heinrich Klaffs

Marc VILLARD : Harmonicas et chiens fous. Collection Bande à part. Editions Cohen & Cohen. Parution 12 février 2015. 132 pages. 14,00€.

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commentaires

Yv 09/03/2015 14:15

Salut Paul, c'est ça qui est bien avec Marc Villard, cette façon de mettre en scène des petites gens, de ceux que l'on rencontre tous les jours, voire nous-mêmes parfois... Très beau recueil, une belle manière de découvrir des nouvelles pour ceux qui n'aiment pas trop le genre.
Amicalement

Oncle Paul 09/03/2015 16:07

Bonjour Yv,
La nouvelle n'est pas un genre prisé par les Français alors que pour les Anglo-saxons, c'est un genre majeur. Et il est vrai qu'il faut d'imagination ou un sens pointu de l'observation, pour rédiger de petits bijoux comme nous a habitué Marc Villard dans ses différents recueils. Personnellement je ne m'en lasse pas...
Amitiés

zazy 08/03/2015 20:49

Lu plusieurs commentaires sur ce livre tentant

Oncle Paul 10/03/2015 15:32

Très bonne lecture en perspective...

zazy 09/03/2015 22:33

J'ai retenu "entrée du diable à Barbèsville" à la bibliothèque il y a quelques temps

Oncle Paul 09/03/2015 11:33

Très tentant Zazy, surtout pour ceux qui apprécient Marc Villard, et la lecture de nouvelles en général.

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  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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