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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 13:34

La curiosité n'est pas un défaut, c'est une qualité, surtout chez un journaliste...

Jean CONTRUCCI : L'affaire de La Soubeyranne.

Il suffit qu'un spectacle annoncé à grand renfort de publicité soit interdit par les autorités municipales et préfectorales pour que le public se presse pour assister à cette représentation devenue privée.

En cette fin d'après-midi du 20 mai 1909, et n'écoutant que son courage, Raoul Signoret se rend jusqu'à Palama afin d'assister dans l'enceinte du domaine de la Soubeyranne à cette exhibition prometteuse de sensations fortes. Car du courage il en faut pour grimper jusqu'à Château-Gombert en bicyclette puis d'affronter la masse compacte des curieux qui se pressent à la grille du château du sieur de Saint-Aubin. Heureusement il retrouve son vieux confrère Robert Bonnefon, l'ancien photographe du Petit Provençal devenu le correspondant du village où il est installé. Le Cirque romain comme si vous y étiez promet des sensations fortes, le combat entre des tigres de Sumatra et des taureaux du cru, importation directe d'Espagne. Passons rapidement sur cette galéjade, dans laquelle s'immisce Fourneron, le commissaire de police du quartier de la Rose venu avec ses estafiers expulser les privilégiés qui ont obtenu des places dans l'enceinte grâce à de bons gros billets émis par la banque de France, et arrêter l'imprésario et l'importateur de fauves, organisateurs du spectacle, malgré l'opposition de Saint-Aubin, le propriétaire des lieux, face aux forces de l'ordre et retrouvons-nous une semaine plus tard sur la route qui mène à la Baume Loubière.

En effet ce petit reportage a ravivé les souvenirs de Raoul Signoret, lorsque, enfant, il avait visité les grottes Loubière, non loin de Château-Gombert, en compagnie de son oncle le commissaire principal Eugène Baruteau qui suppléa son père décédé. En avant Simone et voilà donc la famille Signoret en promenade pour une balade pédagogique. Seulement lorsque Adèle et Thomas, les enfants, Cécile, l'épouse, arrivent en vue de l'entrée des fameuses grottes, elles sont murées. Et d'après Raoul, c'est tout récent, le ciment des joints étant encore à peine sec.

Raoul se renseigne auprès d'un horticulteur-restaurateur qui siège non loin. Effectivement la grotte a été bouchée un peu plus d'une dizaine d'années auparavant, suite à la découverte du corps d'une gamine violée puis assassinée. Raoul avait occulté cet épisode qui n'avait pas trouvé d'aboutissement mais le ciment frais l'intrigue. Il en informe Bonnefon et tous deux accompagnés du garde-champêtre descellent les briques et font une macabre découverte. Deux petits corps n'attendent plus les secours, vu qu'ils sont morts. Immédiatement ils établissent une corrélation avec l'affaire précédente, mais après autopsie, il s'avère que les points de ressemblance n'existent guère. Les deux gamins, garçon et fille, possèdent le type méditerranéen, ont les mains usées, et l'autopsie révèle qu'ils sont décédés d'une absorption de poison provenant de graines d'origine asiatique à effet foudroyant. Personne ne réclame les gamins, personne ne signale leur disparition, comme s'ils n'avaient jamais existé.

Raoul Signoret, fortement intéressé par ce drame assiste à l'enterrement des deux gamins. Bien entendu au premier rang de l'église, Saint-Aubin siège avec quelques compagnons, dont les prometteurs du spectacle avorté. Il a longtemps vécu en Cochinchine où il était diplomate et a magouillé d'où sa fortune. Mais sa femme est absente, d'ailleurs plus personne ne la voit depuis quelques temps. A la terrasse d'un café, Raoul assiste à l'expulsion d'un ivrogne, l'oncle de la première petite victime, qui profère des mots dont le journaliste ne comprendra la signification que plus tard. De même que le mot laissé dans son taudis lorsque le corps de l'homme est retrouvé pendu. Tout concourt à un suicide, mais on ne sait jamais. De même Raoul remarque une belle femme qui se trouve être la lavandière de Saint-Aubin, et qu'il sera amené à suivre lors d'une rencontre inopinée.

 

L'intrigue imaginée par Jean Contrucci n'aurait pas la même consistance, comme dans la plupart des œuvres d'imagination, si elle ne s'inscrivait pas dans des lieux précis et des événements réels ou transposés fictivement. Ainsi le tremblement de terre du 11 juin 1909 à Marseille, appelé aussi séisme de Lambesc, permet à Raoul Signoret de se trouver au bon moment sur le passage de la lingère de Saint-Aubin, un incident qui va favoriser son enquête en partie.

De même la prochaine tentative de Blériot de la traversée de la Manche en avion est évoquée, ainsi que la venue de Sarah-Bernhardt qui doit interpréter le rôle de l'Aiglon, dans la pièce de Jean Rostand, et qui donne lieu à un échange humoristique entre le chroniqueur théâtral et Raoul. Raoul s'esclaffe à l'idée que la comédienne de soixante et quelques années puisse jouer le rôle d'un jeune homme de vingt ans. Un peu comme si aujourd'hui un réalisateur de cinéma demandait à Gérard Depardieu de se mettre dans la peau de James Dean avant son accident de voiture.

Des faits historiques qui donnent du volume à l'histoire concoctée par Jean Contrucci. L'enquête menée par Raoul Signoret l'entraîne dans les milieux italiens, les Babbis, réfugiés napolitains mal intégrés la plupart du temps mais qui sauront s'imposer dans leur nouvelle patrie, s'insurgeant par la suite de l'arrivée d'autres étrangers, mais ceci est une autre histoire comme l'écrivait Rudyard Kipling. Et c'est surtout le rôle des enfants de ces réfugiés, ou importés directement de Naples, leurs familles pensant qu'ils étaient promis à un bel avenir, qui est le moteur de cette intrigue.

Les savonneries, les huileries, les usines de souffre, les filatures qui emploient de la main d'œuvre à très bon marché, des gamins importés d'Italie et réduits en esclavage, c'était ce qui prévalait à Marseille, mais dans d'autres régions françaises. Depuis, les industriels ont évolué et ont délocalisé leurs manières d'engranger de l'argent facilement et de nos jours, de nombreux pays d'Asie ont adopté cette économie de marché. Les patrons en veulent toujours plus, mais cela ne date pas d'aujourd'hui.

Jean CONTRUCCI : L'affaire de La Soubeyranne. Série Les nouveaux mystères de Marseille. Editions Jean-Claude Lattès. Parution le 4 mars 2015. 400 pages. 19,00€

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