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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 16:39

La monstrueuse parade se fait du Freak !

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters.

Une simple affiche de cinéma peut, sinon changer le cours du destin, offrir une troisième possibilité dans le choix du lieu de vacances envisagées.

Se remettant difficilement d'une entorse à la cheville, provoquée par une chute lors d'une précédente aventure, Andrew Singleton se demande en ce 11 novembre 1938, s'il va se rendre, en compagnie de son ami James Trelawney, à Biarritz ou à Cannes. Finalement ce sera à Los Angeles et ses environs, à La Mecque du cinéma (on a encore le droit d'associer le nom de ce lieu de recueillement et de prières à celui d'une production de divertissements ?). Et tout ça parce que Trelawney a aperçu une affiche représentant Janet Gaynor dans Une étoile est née.

Les bagages sont rapidement bouclés et après un voyage maritime puis aérien, ils retrouvent au bout de quelques jours leur ami et ancien condisciple Stuart Latham Dauncey. Après avoir vainement tenté de se faire un nom comme acteur, mais végétant dans des rôles de figurant, prenant quand même un peu de galon dans ce dur métier, Stuart a eu l'opportunité de devenir journaliste. Ses articles humoristiques et corrosifs lui valent désormais d'être reconnu comme un éditorialiste passionné et apprécié de la profession cinématographique et surtout des lecteurs.

James et Andrew visitent à bord d'un véhicule de location les environs de Los Angeles, se promenant sur les contreforts de Santa Monica, Venice et autres endroits réputés. Et c'est ainsi qu'un soir de brouillard, alors qu'ils se sont trompés de route, ils manquent écraser un individu bizarre, recouvert de poils, à l'attitude et l'allure lycanthropiques. Avant de s'enfoncer dans les fourrés vers le lac Malibu, il jette un regard noir et agressif aux deux amis. Du moins c'est ce que Andrew perçoit. Ils sont persuadés avoir eu devant un loup-garou.

Peut-être n'est-ce qu'un personnage destiné à figurer dans l'un des nombres films de monstres qui sont alors en tournage et qui ont la côte auprès des spectateurs. Alors qu'ils s'entretiennent sur les événements qui se déroulent en Europe, l'hégémonie hitlérienne et la montée de plus en plus prégnante du nazisme, un entrefilet dans un journal attire l'attention d'Andrew. L'article évoque le mouvement eugéniste californien, une organisation implantée à Pasadena, et qui promeut l'amélioration de l'espèce humaine en favorisant la stérilisation contrainte concernant ceux qui sont considérés comme tarés, dingues et autres idiots. Andrew passe son temps à la Los Angeles Public Library, explorant les légendes du folklore indigène, remarquant un homme très discret qui dévore des ouvrages thématiques sur la toxicologie et la médecine légale.

Mais un autre événement survient, à la plus grande joie de Stuart qui déclare ne s'être jamais autant amusé, mais qui n'en est pas moins tragique. Une jeune femme a été sauvagement égorgée (dixit le journaliste) la veille sur Mulholland Highway, près du lac Malibu. Quasiment au même endroit et à la même heure de leur nez-à-nez avec la bête humaine. Stuart tient ces informations de première main, et il ajoute que le cadavre aurait été découvert près d'un cottage et qu'une voiture semblait abandonnée. Une piste qui les emmène à l'Angels Club, établissement dans lequel travaillait la morte. L'Angels Club est une boîte de nuit très particulière comme vont s'en rendre compte nos enquêteurs. Ils sont reçus par une jeune femme charmante dont la particularité est de posséder une extension caudale dissimulée sous sa robe. Des sœurs siamoises, puis des frères, s'exhibent sur scène et d'autres monstres selon la terminologie de l'époque n'ont trouvé que ce genre d'endroits pour sinon exister, du moins vivre. Une anomalie apparait lors de l'autopsie de l'assassinée : elle possédait trois seins, ce qui peut flatter la main d'un honnête homme mais est toutefois lourd à porter.

Et c'est ainsi qu'Andrew, James et Stuart vont évoluer dans un monde parallèle, celui des défavorisés par la nature, à l'Angels Club et en d'autres endroits, jusque dans le désert Mojave, aidés par justement des personnages dont les difformités ne font rire que les imbéciles. Par exemple deux nains vont les aider dans leurs démarches et les tirer parfois du pétrin. Des nabots (il est bon de signaler que de nos jours en langage politiquement correct on ne dit plus nain mais individu à verticalité réduite !) qui veulent monter une association permettant une reconnaissance de leur statut, notamment pour leurs amis jouant dans le film le Magicien d'Oz, et les sortir du ghetto dans lesquels ils sont enfermés, celui de l'exhibition de phénomènes de foire.

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters. Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters.

Fabrice Bourland dans ce roman s'amuse véritablement et les cinéphiles avertis et nostalgiques seront comblés. Mais toutes ces références cinématographiques, même s'ils sont un hommage au cinéma américain d'avant-guerre, ne servent qu'à planter le décor, les "monstres" étant les personnages principaux de cette histoire dont le prolongement s'inscrit dans une démarche pseudo-scientifique.

Fabrice Bourland évoque avec pudeur et réalisme cette période trouble qui traite de la perfection de l'être humain, sous des prétextes fallacieux et qui ouvre les portes de nombreux laboratoires gérés par ceux que l'on appelle les savants fous. Si la promulgation en Californie le 26 avril 1909, de la loi officialisant les vasectomies chez l'homme et les ligatures de trompes chez la femme, il ne faut pas non plus oublier que des recherches scientifiques ont également été effectuées dans des camps par les nazis durant la seconde guerre mondiale et que ces prises de position sont avancées de façon récurrente, sont les prémices de la manipulation génétique.

Fabrice Bourland touche à un domaine sensible sans ostentation, sans violence, sans persifflage, avec l'humanisme d'un observateur qui ne peut rien changer mais n'en pense pas moins. Un roman de divertissement, certes, mais qui donne à réfléchir également, même si, à notre simple niveau, nous ne pouvons pas faire grand chose pour annihiler les prétentions de certains scientifiques qui sont plus monstrueux, moralement, que ceux qui sont justement catalogués comme monstres ou erreurs de la nature.

 

Insérer une histoire dans une période assez récente, demande de la part de l'auteur rigueur et documentation afin d'étayer ses propos et les situations qu'il décrit. Fabrice Bourland fait renaitre ce cinéma de la fin des années trente, avec le déclin annoncé des films d'horreur et celui naissant du film noir adapté d'œuvres de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett. Mais il le fait sans forfanterie avec une jubilation communicative. Deux romans, qui ont marqué leur époque mais restent toujours des références pour diverses raisons, sont cités et résumés, tout au long du récit : Le Vagabond des étoiles de Jack London et L'homme qui rit de Victor Hugo, et ce n'est pas un choix anodin.

Un autre avis ? Vous le trouverez chez Action-Suspense :

Deux ouvrages de Fabrice Bourland sont présenté ici :

Fabrice BOURLAND : Hollywood Monsters. Collection Grands Détectives N°4674. Editions 10/18. Parution le 15 janvier 2015. 336 pages. 7,50€.

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commentaires

Claude LE NOCHER 03/02/2015 20:14

Salut Paul
J'ai rajouté un lien avec ta chronique.
Un excellent roman, je confirme. Amitiés.

Oncle Paul 04/02/2015 10:15

Merci Claude et Fabrice Bourland est un auteur à suivre
Amitiés

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