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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 14:59

Au bal masqué, oh éh oh éh...

Brice TARVEL : Le bal des iguanes.

Les Myriadines. Cet ancien château recyclé en maison de retraite, pardon en résidence pour seniors, abrite une clientèle aisée, très aisée même pour certains. Pourtant il ne faut pas croire que tous ceux qui vivent leurs dernières années sont issus de la bourgeoisie bon chic, bon genre. Par exemple Robert Vauquelin, dit Bob, est un ancien truand, qui ne mâche pas ses mots et se montre parfois assez virulent, violent envers ses compagnons et le personnel soignant. Maurice Dorson, un vieil acteur surnommé Has Been, Leufroy Nox, un ex-gourou, Gilbert Joussin, qui traîne derrière lui à tort ou à raison la sulfureuse réputation de cannibalisme, Henriette Dunoyer au rire crispant, héritière d’une longue lignée de viticulteurs dévoués au Champagne, Joséphine Pajon, veuve d’un riche industriel de la biscuiterie rémoise ou encore Maryse Bouchenel, qui connut son heure de gloire à la télévision en tripotant les boules du Loto. La sélection s’effectue par l’argent et donc n’est pas élu qui veut.

Pour s’occuper de tout ce petit monde parfois exigeant, règnent le directeur Paul Mangre et l’infirmière-chef Christine Ternot, mais au-dessus d’eux les décisions sont prises par le docteur Mallard qui, selon son apparence physique, n’aurait pas dépareillé parmi tous ses patients.

En ce mois d’août qui s’achève, Lise est employée comme aide-soignante aux Myriadines depuis trois semaines. Ce n’est pas par hasard qu’elle a réussi à se faire embaucher dans cette maison de retraite située dans la campagne rémoise. Elle doit accomplir une mission que lui a confiée son ami et amant Julien. Pour cela elle garde précieusement dans la chambre qu’elle loue chez des particuliers à quelques kilomètres de la résidence un Glock 17, précision destinée à l’attention des amateurs d’armes à feu. Et Tino, l’un des correspondants de Julien, lui remet une petite mallette qui devrait lui servir à remplir sa tâche. Parmi le personnel elle s’entend assez bien avec sa collègue Malika.

L’infirmière-chef a trouvé, en fouillant dans les affaires de Joussin, le supposé cannibale, un couteau de cuisine. Et Lise est chargée de cuisiner le voleur qui déclare se méfier de certains de ses compagnons. Un peu plus tard, alors qu’elle visite les caves du château, caves restaurées et recouvertes de carreaux de faïence, Lise est surprise par Malika qui se demande bien ce qu’elle fait là. Mais la surprise sera bientôt partagée par les deux femmes lorsqu’en ouvrant la porte de la pièce qui sert de morgue provisoire, grâce à un passe magnétique, elles trouvent un cadavre allongé sur un brancard. Celui de l’une des lingères. Détail morbide, celle-ci serait gravide.

Alors qu’elle pratique une séance de footing, afin de se vider le grenier qui renferme son cerveau, elle est suivie par un véhicule tout terrain. Lise panique, court tant qu’elle peut mais est toutefois rejointe. Deux hommes à bord, qui lui adressent un geste obscène puis repartent comme si elle n’existait plus.

Bientôt ce sera l’effervescence au château, car le bal annuel des Iguanes va bientôt se dérouler. Cette petite sauterie entre pensionnaires tire son nom d’une farce commise par l’un des petits vieux quelques années auparavant.

 

Ah les maisons de retraite et leurs mystères ! Une plongée réjouissante et frissonnante pour le lecteur, peut-être un peu moins pour ces résidents et ceux qui y travaillent. Brice Tarvel traite par la dérision et avec férocité cette vie promise aux « finissants » comme les surnomme Lise. Et les résidents qui pourtant ne sont plus des petits enfants, se conduisent comme des malappris insupportables malgré une certaine position dans la société et l’aisance financière dans laquelle ils baignent. Des sales gosses qui se croient tout permis. Quant au personnage énigmatique de Lise, quel est son but se demandera jusqu’au bout le lecteur impatient, même s’il se doute d’une partie de sa mission.

En attendant de découvrir la solution, je peux quand même, ma bonté me perdra, révéler qu’elle n’a pas eu ce que l’on peut qualifier d’une enfance heureuse. Elevée principalement par sa mère dans une caravane, elle s’est rebellée une fois contre son père. Peut-être la seule fois de sa vie où elle a tenu une aiguille à tricoter dans ses mains. Faut avouer que son géniteur avait bien cherché cette pique, lui qui a confondu pelote (de laine) et peloter.

Brice TARVEL : Le bal des iguanes.

Brice TARVEL : Le bal des iguanes. (Première édition Collection Zone d’ombres. Editions Lokomodo. Avril 2012). Réédition Editions Lune écarlate. Parution le 30 janvier 2015. 238 pages. 19,50€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 01/02/2015 20:13

Une plongée réjouissante dans une maison de retraite ? Tout un programme !

Oncle Paul 02/02/2015 17:48

Ce n'est pas si souvent que nos petits vieux parqués dans des maisons de retraite ont l'occasion de s'amuser comme des petits fous...

Patrick 01/02/2015 20:05

Je l'avais lu chez Lokomodo , un bon roman .....

Oncle Paul 02/02/2015 17:47

Moi aussi Patrick mais il est toujours bon de signaler une réédition. D’habitude, le roman passe de grand format en format poche, cette fois c'est le contraire. Mais c'est le choix de l'éditeur...
Amicalement

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