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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 13:43

Les tristes aventures d'une fille de joie !

Roland SADAUNE : Minna.

Une femme qui s'enfuit par la porte de service d'un hôtel de luxe du 1er arrondissement parisien, une culotte jetée dans un container à ordures, et c'est le début d'un engrenage infernal pour Léopold.

Léopold est un de ces nombreux sans domicile fixe qui trouvent un logement sans avoir à payer de taxe d'habitation, sous une toiture de cartons sous les ponts. Cela fait six ans qu'il vit ainsi, depuis le départ de sa femme. Il n'a pas revu non plus sa fille et sa petite-fille. Il fait la manche à la sortie des Grands Magasins, et c'est le Bazar même à l'Hôtel de Ville. D'habitude il crèche à Hurlevent dans le XIXe, une bicoque décrépite au fond d'une impasse mais au moins il a le vivre et le couvert, un semblant de confort. Seulement il apprécie des moments de solitude temps à autre.

Léopold a ramassé la petite culotte, l'a mise dans sa poche, et avec ses amis de la Tournelle, le quai où il a déposé son baluchon, il se demande pourquoi subsistent quelques gouttes de sang dessus. Il regrette s'être confié à ses potes et retourne à Hurlevent. Il se demande pourquoi il s'est ainsi emparé d'une pièce de lingerie, surtout lorsqu'il entend à la radio qu'une jeune femme vient d'être retrouvée chez elle égorgée. Aussitôt il fait le lien avec celle qu'il a entraperçu. Cela sent de plus en plus mauvais. Car il connait ce genre d'hôtel étoilé. De plus il connait également de vue un des employés à la réception et il se doute qu'en général les femmes qui passent par la porte dérobée viennent de rendre service à un client.

Il décide alors de quitter le refuge de Hurlevent et demande asile à sa sœur, qui ne se délace qu'en fauteuil roulant, de bien vouloir l'héberger. Cela faisait un bail qu'il ne lui avait pas donné de nouvelles, et elle l'accueille à bras ouverts, avec quelques reproches toutefois. Après un sommeil réparateur, il s'installe dans un café et reconnait la femme sans culotte, pourtant pas une révolutionnaire, d'après une photo dans un journal. Alors il déambule dans le XVIIIe et aperçoit une jeune femme noire qui sort précipitamment d'une voiture. Il va la retrouver un peu plus tard, et faire sa connaissance. Elle s'appelle Mina, Nigériane d'origine, et peu à peu elle lui confie qu'elle travaillait dans un hôtel appartenant à la même chaine que celui d'où était sortie la victime.

Minna, coachée par madame Sokoto, devait satisfaire les caprices d'un client, et surtout ne pas se laver après que celui-ci eut procédé à son exutoire génital. Or l'homme s'était montré agressif, lui entaillant le pubis avec une lame de couteau. Minna est recherchée par le chauffeur qui devait la conduire chez madame Sokoto, et l'étau se resserre sur eux. Le copain d'un copain de Léopold qui lui avait fourni quelques renseignements est égorgé. Léopold tombe sur son cadavre inopinément et il devient l'homme traqué. Minna et Léopold vont déambuler, se cachant comme ils peuvent, espérant échapper à leurs poursuivants, mais quelque chose cloche dans leur fuite.

B.D.R. plus connu dans la société pharmaceutique et bourgeoise sous son véritable patronyme, Bernard-Davy Randal, est une fine gâchette de la braguette. Il lui faut assouvir ses pulsions sexuelles grâce aux prostituées fournies par des réseaux spécialisés. C'est ainsi qu'il a honoré la première victime puis Minna, d'une manière brutale, et même coupante puisqu'il les a scarifiées avec son couteau. Tout va s'enchaîner et le rouleau compresseur d'un destin que lui tout comme Léopold et Minna ne maîtrisent pas, s'avance inexorablement.

 

Un fait-divers peut cacher un roman noir, pour preuve cette histoire noire et bleue qui se réfère à un épisode qui fit grand bruit dans les médias en 2011. Bien sûr, toute ressemblance avec les personnages, les situations et surtout la suite avec ses conséquences et accessoirement le mobile de ce qui a déclenché ce déballage médiatique, ne pourrait être que pure coïncidence. Quoi que. Les auteurs de romans noirs peuvent à loisir s'engouffrer dans la brèche et fournir une version personnelle de ce qui alimente les colonnes journalistiques à peu de frais. Ce que ne peut faire un journaliste qui se respecte, ne devant rendre compte que de la réalité et ne pas avancer des hypothèses quelquefois hasardeuses et dénuées de fondement.

Roland Sadaune, s'il met en scène des personnages qui peuvent rappeler au lecteur des hommes, ou des femmes, connus pour leurs frasques, narre un épisode qui aurait pu exister sans que la population en soit avertie. Et après tout, il a peut-être rédigé la majeure partie de cette intrigue bien avant certains événements. D'ailleurs deux de ses nouvelles, Les gifles de la nuit et Les ponts du cœur, sont à l'origine de ce roman. La suite n'est qu'une affaire d'imagination... sans aucun doute. Ce qui importe, c'est le parcours croisé de Léopold, banni de la vie matrimoniale et sociale, et de Minna, qui pensait n'avoir que du travail d'entretien dans un hôtel, même si elle se doutait qu'étant cornaquée par une payse, surveillée par un sorcier marabout, sa vie allait plus ou moins déraper.

Roland Sadaune place ici et là quelques petites références à ses passions, le cinéma, mais surtout la peinture, d'ailleurs il a signé la couverture de ce roman, qui est sa vie. La peinture qui joue aussi un rôle primordial ou presque dans l'intrigue. Là où d'autres se seraient délectés dans la mise en scène de certaines situations, Roland Sadaune évite le graveleux. Il reste pudique, et le roman en prend plus de force. Minna est jeune, grande, belle, élancée, et le lecteur ne peut qu'être jaloux de Léopold qui l'accompagne, lui qui est petit et sexagénaire. Mais des petits sexagénaires, j'en connais plein. C'est la nature et il faut la respecter. Roland Sadaune met également en scène des personnes qui lui sont chères, mais ceci demeure du domaine privé et je ne m'étendrai pas plus en avant.

 

Moralité : ne ramassez jamais une culotte féminine qui traîne dans un container à déchets, même pour agrandir votre collection personnelle de sous-vêtements.

 

 

Roland SADAUNE : Minna. Editions du Val d'Oise. Thriller. Parution le 14 novembre 2014. 358 pages.14,00€.

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 15/11/2014 18:53

Allons bon : une collection personnelle de sous-vêtements, vraiment ?

Oncle Paul 15/11/2014 20:24

Disons que cela prend moins de place que des voitures de collection...

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite revue de la littérature populaire d'avant-hier et d'hier. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
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