Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 13:56

Et Freddy est Fannie ?

Marcus MALTE : Fannie et Freddy.

Après Les Harmoniques publié à la Série Noire en 2011,Marcus Malte s'était laissé gentiment oublié des lecteurs, publiant parcimonieusement quelques nouvelles ici où là. Mortes saisons aux éditions Le Bec en l'air ou Canisses chez In8 et cet été Les cow-boys dans la collection les Petits Polars du Monde. C'est peu ! Oserais-je même dire que ce n'est pas assez ? Peut-être a-t-il été perturbé, trop sollicité par les concerts littéraires Les Harmoniques et sa présence devenue indispensable dans de nombreux salons et festivals. Mesdames et messieurs les Organisateurs, s'il vous plait, laissez les écrivains s'adonner en paix à leur louable labeur : rédiger leurs œuvres, en toute sérénité, destinées à un lectorat impatient.

Alors découvrir un nouveau titre de Marcus Malte est toujours un plaisir même s'il est quelque peu gâché par le nombre restreint de pages, moi qui me plaint toujours que les romanciers en font trop ! Car ne vous y fiez pas, cet ouvrage qui comporte 160 pages recèle en son sein deux longues nouvelles, celle éponyme du recueil et la seconde, Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, qui est la réédition de Plages des Sablettes, souvenirs d'épaves, titre publié en 2005 dans l'éphémère collection Noir Urbain, dirigée par Claude Mesplède aux éditions Autrement.

 

Fannie et Freddy : Fannie n'est pas une femme comme les autres. Si dans son service ses collègues l'ont surnommé Minerve, à cause de sa propension à tourner le buste en même temps que la tête; si elle a un œil de verre, un vrai pas une réplique en vulgaire plastique avec iris peint à la main; si malgré un léger embonpoint elle possède des seins à se faire damner un saint, aux aréoles en auréole; si elle vit seule à Bayonne, petite ville du New-Jersey près de New-York connue surtout pour être la ville de naissance du célèbre écrivain de Fantasy George R. R. Martin... ce n'est pas pour toutes ses raisons que Fannie n'est pas une femme comme les autres.

Elle a rendez-vous à New-York avec un jeune homme qui n'est même pas au courant de cette rencontre. De plus elle arrive avec une demi-heure d'avance dans le parking où doit avoir lieu la confrontation. Quand je vous dis que Fannie n'est pas une femme comme les autres ! Elle repère la voiture de l'homme qu'elle doit rencontrer, gare la sienne juste derrière afin de l'empêcher de sortir de son emplacement, sort le cric, fouille dans son sac à main, et attend. Des pas, un homme qui lui demande de se déplacer, le prétexte de sortir la roue de secours du coffre et vlan, c'est le coup de foudre. Enfin pas vraiment, mais une décharge électrique qu'il se ramasse sur la nuque, plongée du corps dans le coffre, et le voyage de noces peut commencer.

Autrefois à Bethléhem, les cheminées des aciéries crachaient le feu, mais depuis l'interdiction de fumer, la petite ville industrielle s'est recroquevillée. Et ce n'est pas la crise des subprimes qui va la réveiller. La crise des supprimes, cela plus adéquat.

Ce n'est pas pour rien si Fannie a sélectionné un jeune homme répondant au prénom de Freddy, car un esprit de revanche, de vengeance l'anime, et c'est peut-être aussi pour ça qu'elle n'est pas une femme comme les autres... J'écris ça, mais vous n'êtes pas obligé de me croire lorsque j'édicte cette dernière affirmation.

 

Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, est pour Marcus Malte l'occasion de nous présenter La Seyne-sur-mer, sa ville de naissance, avant, quand les construction navales existaient encore. Le lieutenant Ingmar Perhsson, c'est quelqu'un. Il est policier et quand il le peut, il arpente les mille deux cents mètres de sable, pieds nus, jusqu'à ce bout de terre fin de parcours où s'agglomèrent varechs, infimes cailloux et coquillages. Là où il a vu Paul pour la dernière fois. C'était il y a vingt sept ans, mais il s'en souvient comme si c'était hier. Tous deux avaient quatorze ans et ils se connaissaient depuis tout jeunes. Ils n'étaient pas placés sur les mêmes barreaux de l'échelle sociale, mais peu importe le statut lorsque l'amitié prend le pas sur l'argent. Et puis il ya eu le drame, peut-être à cause de Tarzan, un vieux bonhomme estropié du travail. Une hélice qui lui était tombée sur une jambe, et depuis il s'envoyait en l'air dans les souvenirs d'une vieillesse abandonnée. Tarzan se faisait un peu d'argent en ramassant les bouteilles vides laissées sur la plage par les touristes et en encaissant la consigne. Tout comme Paul et Ingmar, mais ceux-ci avaient l'âge de la jeunesse pour eux, et leur récolte dépassaient souvent leurs espérances, laissant le menu fretin à Tarzan qui ne disait rien.

 

Marcus Malte aime les histoires intimistes, avec peu de personnages, et ce qu'il a à raconter s'inscrit dans le registre des drames personnels. Pour Ingmar Perhsson, dont les parents étaient Suédois, c'est la recherche du passé qui le motive, et qui l'a amené à devenir policier. Un drame qui a marqué son enfance et dont il n'a pas la clé, consciemment ou non. Quant à Fannie et Freddy, il s'agit d'un drame qui prend sa genèse dans les agissements néfastes des banques, qui ont touché largement les petits propriétaires immobiliers des Etats-Unis, lesquels ont cru au mirage bancaire en s'endettant.

 

Marcus MALTE : Fannie et Freddy. Suivi de Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas. Editions Zulma. Parution le 2 octobre 2014. 160 pages. 15,50€.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Yv 30/11/2014 08:50

Salut Paul,
deux textes qui se répondent, et je te suis dans tes commentaires précédents, c'est une excellente idée de republier le second, peut-être plus ancien, mais tout aussi bon.
Amicalement

Oncle Paul 30/11/2014 09:20

Nous nous rejoignons Yv, et Marcus Malte le vaut bien.
Amitiés

Alex-Mot-à-Mots 04/10/2014 20:24

Un texte nouveau qui permettra de redécouvrir l'ancien.

Oncle Paul 04/10/2014 20:26

Découvrir ou redécouvrir c'est vrai. Mais tu as bien résumé Alex !

Jérôme Jukal 04/10/2014 19:11

C'est finalement une nouvelle nouvelle qui nous est donnée en attendant le roman qui tarde...
J'avais envie de le lire, j'en ai toujours envie mais le fait qu'elle soit couplée à une ancienne novella n'est pas forcément convainquant...
A voir.

Oncle Paul 05/10/2014 15:00

Maintenant il ne nous reste plus qu'à surveiller les étals des libraires ! Mais jusqu'à quand ?

Jérôme Jukal 05/10/2014 10:36

C'est vrai que permettre la lecture d'un texte qui n'est plus disponible a son intérêt. D'autant qu'il s'agit d'un texte que j'avais aimé. Dommage que les photos ne soient pas avec.
Et effectivement, dommage pour le prix...
Mais il est toujours bon de lire Marcus Malte.

Oncle Paul 04/10/2014 19:49

Bonjour Jérôme
Je pense que remettre le second texte en valeur est une action pie, car la collection Noir Urbain, qui pourtant était intéressante car illustrée de photographies de Stéphanie Léonard ou de Hermance Triay n' pas eu le succès qu'elle méritait. Aussi exhumer une longue nouvelle est toujours intéressant pour le lecteur qui n'a pu la lire en son temps. C'est un peu comme les recueils de nouvelles qui rassemblent des textes éparpillés dans des revues confidentielles. Je reproche juste le prix mais c'est l'éditeur qui décide dans ce cas. Et cela peut être un frein à l'acheteur potentiel.
Amitiés

Présentation

  • : Les Lectures de l'Oncle Paul
  • Les Lectures de l'Oncle Paul
  • : Bienvenue dans la petite encyclopédie de la littérature populaire. Chroniques de livres, portraits et entretiens, descriptions de personnages et de collections, de quoi ravir tout amateur curieux de cette forme littéraire parfois délaissée, à tort. Ce tableau a été réalisé par mon ami Roland Sadaune, artiste peintre, romancier, nouvelliste et cinéphile averti. Un grand merci à lui !
  • Contact

Recherche

Sites et bons coins remarquables